—Oui, dans ma chambre, mesdames, quelle audace! et ces imbéciles qui l'ont laissée s'y installer! Elle avait prétendu que je lui avais donné rendez-vous; j'y trouvai huit pages de reproches et d'objurgations suppliantes; je l'avais trompée, j'étais la plus cruelle désillusion de sa vie, moi qu'elle mettait au Pinacle et qu'elle vénérait presque à l'égal d'un Dieu… Alphonse, vous m'avez trompée… C'est déjà bien, mais il y a mieux. Ce matin, j'ai reçu un pneu; lisez-le, ce pneu!

Et de Saint-Yriex, les yeux hors de la tête, tendait un chiffon de papier à Mmes Gérard, Hermeline et Sœur.

—Cette petite intrigante me disait qu'elle avait perdu sa place à cause de moi; que vous aviez décacheté la lettre, celle que je lui adressais chez vous pour la prier de ne pas venir lundi à l'hôtel: qu'on lui croyait une intrigue avec moi, que vous l'aviez chassée, qu'elle n'osait rentrer chez son père, et qu'elle venait s'installer près de moi, au d'Orsay, moi, son seul refuge et maintenant son seul espoir, que je n'aurais pas le courage de la repousser… Et elle doit être au d'Orsay à l'heure qu'il est! Je n'ai pas qualité, moi, pour lui faire refuser une chambre d'hôtel, et j'ai l'air d'avoir débauché cette petite. Elle est venue me demander samedi; on l'a revue lundi; elle vient s'installer aujourd'hui. Je suis, à l'heure qu'il est, la fable du personnel. Or, je suis marié, j'ai une situation, tout se sait, à Paris. Qu'un journal s'empare de la chose, voilà un scandale; c'est ridicule, et vous jugez de la tête de ma femme! Alors, je suis venu vous trouver, vous dire la vérité, vous prier de me sortir de là; il faut que vous me sortiez de là, mesdames. Déjà, j'ai un poids de moins depuis que je sais qu'elle a menti, car elle a menti, n'est-ce pas, effrontément, cyniquement menti!

—Elle a tout inventé, déclarait Mme Hermeline.

—Il faut la plaindre, c'est une malade, intervenait Mme Gérard.

—Malade, malade! s'emportait l'écrivain, mais je ne suis pas médecin, moi!

—Mais vous avez du talent, trop de talent! Et M. Puech avait un sourire flatteur. Elle s'est intoxiquée de vous.

—Ah! oui, je la connais… Le Poison de la littérature!

IX
CLOTILDE EVRARD

—Le poison de la littérature! A qui le dites-vous, mon cher Maxence! Il a dévasté, ravagé les dernières vingt-cinq années du siècle. Nous avons eu le public des premières de l'Œuvre pour nous convaincre de la force du mal.