Poète de la vie, certes, mais poète de la vie attristée par la perpétuelle obsession du néant, poète déjà frappé de mort et poursuivi dans toutes ses œuvres par le souvenir d’une enfance assombrie; et dans la mélancolie de ce 1er janvier, la plus morne journée de l’année, celle dont M. Edmond de Goncourt a pu écrire dans son journal: «Le jour de l’An, pour moi, c’est le jour des Morts», c’est à Rodenbach que je songe, Rodenbach dont je n’ai pas voulu suivre le convoi par horreur du mensonge des visages de circonstance et de la banalité prévue des discours. Il me semble que c’est un peu de son âme que je respire à travers les pages feuilletées de son ultime et dernier poème, le Miroir du ciel natal. Oui, tout Rodenbach s’évoque dans la résignation et la somnolence apaisée de ces beaux vers:
La vieille église rêve en un vaste silence;
La ville morte, avec sa tristesse, est autour;
On en sent comme d’un malade, la présence,
Et tout est assombri par l’ombre de la tour.
Oh! cette maladive odeur de vieille église,
Fade, mais sensuelle, et qui fait qu’on défaille;
Lys, crèches de Noël dont se fane la paille.
Encens irrésolu qui meurt dans l’ombre grise: