Grâce à M. Paul Escudier et un peu aux menées de toute une bande de critiques plus avides de réclame que de justice, mais qui, cette fois, avait bien choisi le tréteau de leur parade, Rodin, notre grand Rodin, déclaré gloire nationale, a obtenu du Conseil municipal un emplacement particulier pour exposer son œuvre, et nous avons applaudi des deux mains au pavillon Rodin, devenu le grand attrait du Paris de 1900.
Alors, pourquoi cette indifférence, sinon cet oubli volontaire de la gloire d’un grand artiste français, sinon du plus grand du siècle, avec Delacroix et Puvis?
Samedi 3 février.—A l’Opéra-Comique, «Louise», de Gustave Charpentier.
Voilà l’ plaisir, mesdames, voilà l’ plaisir!
N’en mangez pas, mesdames, ça fait grossir!
Voilà l’ plaisir, messieurs, voilà l’ plaisir!
N’en mangez pas, messieurs, ça fait mourir!
Sur ce banal refrain des rues dramatisé en leitmotiv et dont le cri traînant emplit toute la partition, M. Gustave Charpentier, musicien et poète, a voulu nous montrer le Paris des fêtes et du luxe, bruissant au pied de Montmartre, la Butte sacrée, tel un gouffre, un enfer où viennent s’abîmer les virginités des filles des faubourgs; un Paris minotaure fatal à la jeunesse et à la beauté, qu’il attire et qu’il engloutit pour les vomir ensuite en détresse et en misère aux bas quartiers des pauvres et des déchus.
Voilà l’ plaisir, mesdames, voilà l’ plaisir!
Voilà le cri du monstre, l’appel de la ville-sirène, qui vient troubler dans sa mansarde la petite apprentie échouée, après sa dure journée, entre le père ouvrier et la mère ménagère; c’est encore le cri qui la trouble au seuil de l’atelier; le cri qui la saluera, reine et muse, au milieu de la mascarade et des cortèges en liesse des peintres de la Butte; le cri qui l’arrachera, à peine de retour dans le logis familial, au chevet d’agonie de son père.