Raymond fit les honneurs d'une nouvelle marquise au champagne; il but en vrai gentilhomme. Puis, sur la prière de Thérèse de Roselmont, il dit comment il était devenu morphinomane.
Lors des guerres du Tonkin, nos chirurgiens calmaient les douleurs des blessés avec des piqûres de morphine, ainsi que jadis les docteurs allemands à Sadowa et à Gravelotte.
Un des camarades de Pontaillac, un officier d'artillerie, horriblement mutilé, avait été soulagé par la Pravaz, et quand Pontaillac, blessé en duel, reçut la visite de l'officier d'artillerie, celui-ci lui vanta la méthode stupéfiante, les injections hypodermiques de Wood, médecin anglais: Raymond en usa; il s'en trouva bien, et maintenant il employait la morphine contre toute sensation anormale.
—Je ne mangeais plus, je ne dormais plus, je ne buvais plus: Une piqûre! Je mange, dors et bois. J'étais triste; je suis joyeux!
—Et… l'amour? interrogea timidement Luce Molday.
—Oh! ma chère, l'amour, en cela comme pour le reste, on a calomnié la morphine!
Il expliqua la manière de se servir de la morphine, tira de sa poche un petit écrin où sur un lit de velours noir dormait la Pravaz, une sœur de l'amie confisquée par le major Lapouge: à côté d'elle, parallèlement, scintillaient deux aiguilles d'acier percées dans leur longueur, et au fond de la boîte s'enroulait un peloton de fil d'argent aussi ténu qu'un cheveu; ensuite, il montra le petit flacon gardien de l'incomparable trésor.
Lucy demanda:
—L'aiguille doit faire bien du mal?
—Non, répondit le capitaine.