Désireux de guérir ou peut-être d'éprouver de nouvelles ivresses, il compliqua le morphinisme du cocaïnisme; mais il abusait toujours et surtout de la morphine, et l'affection hybride ouvrit un champ illimité aux troubles psycho-sensoriels et aux hallucinations terrifiantes.

Certain soir, le major Lapouge et les autres amis emmenèrent dîner le malade au Cercle militaire.

Sur la demande de l'invité, et malgré la grimace de M. Arnould-Castellier qui aimait les petits coins, on s'assit à une des grandes tables. Raymond se trouva placé entre Jean de Fayolle et le major: en face d'eux, Léon Darcy et le directeur de la Revue militaire occupaient la droite et la gauche d'un capitaine d'infanterie de marine en tenue et portant la croix de la Légion d'honneur. Les douze convives avaient des habits bourgeois, à l'exception du capitaine décoré et d'un jeune lieutenant de spahis.

—Regarde, dit Pontaillac à l'oreille de Fayolle, en désignant un jeune homme aux moustaches blondes, regarde: ce malheureux n'a qu'un bras.

—C'est un sous-lieutenant du IIIe qui a été abîmé au Tonkin.

—Le pauvre bougre!

Et Raymond fit un salut doux et triste au blessé.

Par les portes grandes ouvertes sur le salon central, on distinguait dans les autres pièces deux ou trois cents dîneurs installés à de petites tables.

Des soldats en habit noir et cravate blanche menaient le service; un monsieur à barbe grise, le gérant, les commandait, et sous l'incendie bleuâtre des lumières électriques, Pontaillac admirait, vantait toutes choses:

—Voilà un séjour d'honneur! On ne joue pas, on ne vole pas: cela repose des tripots!