Lui, officier millionnaire, il ne fréquentait jamais le cercle; il ne dînait jamais à trois francs, et il était seulement apparu dans les vastes salons, une nuit de gala. Mais, loin de blâmer, comme quelques-uns de ses collègues, la réunion des officiers de réserve et de la territoriale aux gradés de l'armée active, il la jugeait excellente et toute fraternelle, avec l'idée de venir s'y retremper.

Le capitaine d'infanterie de marine se leva de table et aida un autre jeune homme à se mettre sur ses béquilles; Raymond tressaillit. Encore un blessé, encore un mutilé: l'autre avait un bras amputé, et celui-ci une jambe de bois!

—La guerre est infâme! déclara-t-il tout haut.

On le regarda; il continuait:

—Oui, la guerre est infâme; et pourtant, je me ferais volontiers casser la gueule!

Il s'emballait contre l'Allemagne et les malheurs de l'Alsace-Lorraine. Jean de Fayolle l'accompagna à la bibliothèque; puis ils visitèrent les chambres du cercle, et Pontaillac, émerveillé, dit à la dame chargée de la location:

—Je descendrai ici un jour.

Raymond s'arrêta et se fit une piqûre.

Ensuite, les officiers ayant exploré la magnifique salle d'armes, rejoignirent leurs amis au café du premier étage.

Pontaillac parlait, riait, faisait des mots.