Les uns et les autres s'égayèrent de voir le malade en si belle humeur, mais le comte demanda du champagne.
—Non… pas ce soir? intervint doucement le major Lapouge.
—J'ai soif!… Nous allons sabler quelques bouteilles!
Il but effroyablement, obligea Darcy, Castellier et Fayolle à lui tenir tête, et comme Lapouge l'exhortait à la sobriété, il lui répondit:
—J'ai vu à Cologne et à Berlin les officiers allemands siffler notre champagne, et je voudrais qu'il n'en restât plus une goutte!…
Debout, il cria: «Du champagne! du champagne!»—et il invita à boire tous ses collègues de l'active et un groupe d'officiers du 129e régiment territorial d'infanterie.
Sous les fumées du vin, et dans l'ivresse du poison, le morphino-cocaïnomane examinait des armes pendues aux murailles et surtout une gigantesque panoplie faite de sabres et de divisions de fusils. Ce rond de métal l'intéressa, en lui rappelant certaines théories; mais déjà le cerveau de l'homme s'endeuillait de brouillards, et l'intelligence n'était plus que la caricature d'elle-même.
A ses phrases incohérentes, à ses gestes bizarres, personne ne riait. Il se laissa conduire en un petit salon désert, attenant à la grande salle, et s'effondra sur un canapé.
—Tâchez de dormir, mon ami, lui dit Lapouge. Nous reviendrons vous prendre.
Et le major sortit, après avoir tourné la clef des globes électriques.