Tout d'abord, indigné de la comédie, il eut un blasphème; ensuite, attribuant le mensonge au délire morphinique, il s'écria: «Tant mieux! c'est une honte de moins!» L'amour et le respect dont il entourait Blanche éloignèrent un soupçon criminel, et il pleura sur les angoisses de sa bien-aimée.
De temps à autre, Pontaillac envoyait son domestique prendre une grosse provision de morphine chez un pharmacien de la rue Boissy-d'Anglas.
Or, un jour, Clément rentra les mains vides.
—Mon capitaine, dit-il, le pharmacien ne veut plus donner de morphine sans ordonnance.
Pontaillac répondit:
—Le pharmacien est un imbécile! Va ailleurs!… Non. J'y vais, moi.
Le capitaine s'habilla, sortit, et bientôt exaspéré des refus de nombreux pharmaciens et droguistes, il demanda des explications au directeur d'une officine du boulevard Haussmann.
—Monsieur, lui répondit l'interpellé, aux termes de la loi du 19 juillet 1845, et d'après l'ordonnance royale du 29 octobre 1846, les pharmaciens sont tenus de transcrire les prescriptions médicales sur un registre et sans aucun blanc et de ne les rendre que revêtues de leur cachet et après avoir indiqué le jour auquel les substances ont été remises;—les pharmaciens, monsieur, ne doivent délivrer «les substances vénéneuses, qu'en vertu d'une prescription spéciale et particulière du médecin indiquant les quantités et la dose à fournir». Il leur est interdit d'apporter la moindre modification dans l'exécution de l'ordonnance et de renouveler une ordonnance de morphine.
Raymond sourit d'un sourire de millionnaire spirituel:
—Je vous ai écouté avec un grand intérêt, monsieur, mais il y a des accommodements, je l'espère. Je suis le comte de Pontaillac, capitaine au 15e cuirassiers, et vous me trouverez disposé à payer un prix de nabab.