—Inutile, monsieur, répondit le pharmacien. Vous m'offensez, en insistant!

—Que risquez-vous?

—L'amende, la prison peut-être, l'interdiction d'exploiter mon diplôme. Un pharmacien a été condamné, l'année dernière, et quand même je ne risquerais rien, je ne veux pas déshonorer ma profession, à l'avantage de ma caisse et au détriment de votre santé et de votre raison.

—Phraseur, va!

Alors, le capitaine prit la liste des médecins, et il enleva des ordonnances que les pharmaciens exécutèrent naturellement, les uns à l'insu des autres. Que pouvaient les docteurs contre ce client de passage? Au premier et au dernier, il affirmait ne recevoir d'ordonnance que d'un seul, et de celui-là même auquel il s'adressait, à l'heure présente. Des docteurs s'imaginaient traiter le morphinomane, selon la méthode progressive décroissante d'Erlenmeyer; quelques-uns refusaient; mais, il y a trois mille médecins à Paris, et Pontaillac possédait douze chevaux!

Si, grâce aux pièces de monnaie distribuées aux valets de chambre, il ne languissait pas dans les salons d'attente, les questions pareilles, l'ennui de gravir les escaliers, l'obligation des mensonges, tout cela l'énervait,—et il cherchait le pharmacien à tout faire.

* * * * *

Quelle ne fut pas sa surprise, une nuit, à l'Américain, de voir, en Thérèse de Roselmont et en Luce Molday, deux prosélytes ardentes! Il ne les avait pas rencontrées depuis la scène du café de la Paix; elles lui parurent assez laides, les visages plâtrés, vermillonnés, les yeux louches, et il aurait passé outre, sans les aveux immédiats des horizontales.

—Tu sais, dit Luce, je me repique.

—Et moi aussi, je me pravazine, murmura Thérèse. Et il y en a bien d'autres!