La Stradowska lut sur le bristol: «César Houdrequin, rédacteur au Rabelais.»
—Je ne connais pas ce monsieur; je ne reçois pas. Sais-tu ce qu'il veut?
—Il a parlé d'une interview.
—Les interviews, j'en ai assez!
Mais la diva réfléchit, et animée de cette idée qu'à force d'éclat, elle arriverait à reconquérir son amant, elle pria Loris Rajileff de passer dans un salon voisin et reçut le journaliste.
César Houdrequin, jeune gommeux à monocle, tête brune et frisée, avec un nez en lame de sabre et une barbiche de chasseur à pied, s'inclinait en homme du monde.
—Madame, je vous apporte d'abord les compliments du Rabelais.
—Votre journal, monsieur, répondit la diva, est toujours aimable, et j'en suis bien reconnaissante… Veuillez vous asseoir.
Et pleine de bienveillance, elle offrit une cigarette orientale à l'interviewer, qui commença, entre deux bouffées:
—Chère madame, on a déjà beaucoup écrit sur vous, sur votre talent, sur vos charmes, sur votre génie d'artiste; on sait les propositions qui vous sont faites chaque jour par les plus grands impressarii de l'Amérique; on n'ignore pas votre refus hautain d'aller chanter en Allemagne: vous Russe, vous vous êtes montrée plus Française que bien des Français. Mais, ce n'est pas là le motif de notre interview. Aujourd'hui, le public a des exigences considérables, et je dirais que le Rabelais peut les satisfaire, si ma modestie n'y était intéressée. Un journal bien informé doit à ses lecteurs… presque des indiscrétions. Pardonnez-moi donc, madame, et daignez me répondre. Est-il vrai qu'un des grands-ducs de Russie a déjeuné chez vous, ce matin, et que…