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Ce jour-là, après déjeuner, le marquis Olivier, sa femme et leur fille
Jeanne, se promenaient dans les jardins avec les La Croze.

L'enfant marchait entre le parrain Pierre, un beau vieillard à la barbe de neige, et la marraine Amélie, une douce vieille en papillotes grises.

Pour juger les La Croze, ne suffisait-il pas de rappeler la guerre de 70, les batailles où le gentilhomme commandait une compagnie de mobiles, tandis que la dame des Tuilières distribuait du pain aux humbles femmes des paysans-soldats?

Conseiller général du canton, lieutenant de louveterie de
l'arrondissement, M. de La Croze aurait voulu céder la première place à
Olivier. Le gendre ne s'en souciait guère: il aimait mieux sa femme—et
Paris.

Dès l'arrivée aux Tuilières, M. de Montreu avait imposé—il le croyait, du moins—la diminution morphinique progressive. Les premiers jours, Blanche se révolta, dévoilant les artifices d'eau intercalaire, d'éther sulfurique, de chloroforme ou d'alcool. Il lui fallait de la morphine, et rien que de la morphine! Elle pleurait, se lamentait, injuriait, menaçait, puis elle se calma, parut renoncer au stupéfiant et à toutes les substitutions graduées, bien avant l'heure fixée par les médecins.

Madame se prétendait sevrée, absolument guérie; elle parlait avec dégoût de son ancienne et ridicule passion; elle jouait du piano, pinçait de la harpe, chantait, riait, montait à cheval—et le marquis écrivait des lettres enthousiastes au docteur Aubertot. Celui-ci répondait: «Très bien! Mais, prenez garde! Veillez toujours!»

Et il lui signalait des cas étranges de dissimulation chez les morphinomanes.

Dans l'allée de tilleuls, M. de La Croze et le marquis allumaient leurs cigares; Blanche, maman jalouse, enleva la petite Jeanne des bras de grand'mère, et la couvrit de fous baisers.

—Tu lui fais du mal, cria Mme Amélie. Regarde: elle pleure!