La marquise sortait de la chapelle, et les deux victimes de la Pravaz se regardèrent.
—Madame, commença Raymond, le hasard m'a mené vers vous, et je bénis le hasard… Comme vous êtes pâle et tremblante!… Vous avez pleuré…
—J'ai pleuré, parce que je souffre, parce que je meurs!
Résolument, elle dit ses douleurs, le supplice que lui imposait M. de Montreu, en la privant de la liqueur vitale; elle dit la scène nocturne où le gentilhomme jeta dans l'étang des Falettes les solutions et la Pravaz. Tout le monde l'abandonnait, oui, tout le monde, même Mathilde, son ancienne prosélyte!
—Je le savais, répliqua l'officier avec aplomb; je le savais, et je suis venu. Hier, j'ai dû abriter sous le mensonge mon désir de vous être utile, car, madame, mieux que personne, je connais votre mal. J'en ai souffert, j'en ai pleuré. Il n'y a pas de tortures comparables à celles du besoin de morphine! Des médecins prétendent que la liqueur nous tue. Les imbéciles! Mais, la mort hideuse, terrifiante, c'est la privation!
Il tira de sa poche un nécessaire de voyage en soie bleue contenant à la fois de la solution et une aristocratique Pravaz:
—Tenez, madame… Ne pleurez plus… Essuyez vos beaux yeux… L'enfer va disparaître—pour vous.
—Merci, oh! merci, monsieur de Pontaillac! Vous me sauvez!
Le capitaine salua Mme de Montreu et reprit le chemin des Ormes.
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