Blanche et Raymond se voyaient dans une cabane perdue en un taillis ou bien dans un kiosque isolé que M. de La Croze fit meubler pour la saison de la pêche. Ces deux endroits, si différents l'un de l'autre, exaltaient leurs désirs: autant la cabane semblait rustique avec sa litée de feuilles; autant le kiosque rappelait, par ses vastes causeuses et ses moelleux divans, le luxe et le bon goût des châtelains.
Les amants avaient toujours une pareille et séduisante maîtresse, la Pravaz, mais ils s'injectaient le poison mondain, sans y ajouter d'importance, comme si lui eût grillé un royal-havane, comme si elle se fût poudrerizée ou embaumée d'une eau de toilette astringente.
Elle le trouvait ravissant dans son complet bleu marin, sous un chapeau de voyage; il la jugeait adorable en robe de toile écrue et souliers jaunes, gantée de Suède et coiffée d'une paille éblouissante de fleurs des champs.
Ils étaient jeunes; ils étaient beaux; ils s'aimaient—et c'est tout dire.
Vers deux heures, Mme de Montreu descendit de sa chambre; Jeanne la suivit:
—Petite mère, emmène-moi.
—Non, mignonne.
—Je serai bien sage?
—Écoute. Je vais visiter les pauvres de monsieur le curé, tu sais, cette grande femme, La Gire et ce grand vieux, Le Guillout… Tu aurais peur… Allons, laisse-moi!
Mais, la petite s'accrochait aux jupes maternelles: