Il courut à elle.

—Blanche?

—Adieu!

Un fiacre mena la pauvre grande dame chez Mlle Geneviève de Saint-Phar, place de la Madeleine.

C'était l'heure de la consultation, et Geneviève recevait son habituelle clientèle de femmes en un cabinet artistique et sévère.

Allures de bourgeoise. Pas de col masculin, pas de monocle, rien d'audacieusement viril. De la robe noire montante émergeait la tête brune et distinguée avec son front pâle et ses grands yeux brillants d'intelligence.

Parvenue à la fortune et à la célébrité, Mlle Saint-Phar demeurait douce et simple, et ses anciens maîtres, les professeurs Aubertot et Pascal, s'enorgueillissaient de leur élève. Mais que de courage! que de travail, avant d'obtenir le diplôme! Que d'efforts pour vaincre les préjugés!

Orpheline à huit ans, elle avait été élevée au Sacré-Cœur de Limoges, où sa tante, une des religieuses, la destinait à prendre le voile et à la seconder dans l'enseignement: Geneviève grandissait pour d'autres ambitions.

Jeune fille, elle devint, pendant les vacances, le professeur de ses camarades riches; elle commença à étudier la médecine à l'École de la ville, et après deux ans, se fit inscrire à la Faculté de Paris. Lors d'un concours de l'internat, il y eut des discussions entre les professeurs et des articles de journaux pour savoir si l'on admettrait une jeune femme à concourir, au même titre que les jeunes hommes. Un vacarme d'ironie se déchaîna contre l'étudiante. «Raccommodez les bas! Faites le pot-au-feu!» vociféraient quelques journalistes; d'autres soutenaient Geneviève, et malgré l'appui de MM. Pascal et Aubertot, Mlle Saint-Phar se trouva écartée de la bataille.

Dès l'année suivante, les mêmes polémiques fulminèrent. «Comment, disait-on, à la Faculté, ne voyez-vous pas la contradiction de vos actes? Vous autorisez les femmes à s'inscrire, à suivre les cours, à passer des examens, et vous leur barrez les portes du triomphe!» A quoi, les professeurs répondaient: «Nous craignons des promiscuités fâcheuses dans les hôpitaux, entre étudiants et étudiantes.»—«Allons donc! tonnaient les avocats de la dame, celles qui travaillent savent se faire respecter!»