Le retard des transbordements ne pourrait nuire en rien au transport des marchandises. Qu’est-ce, en effet, pour les marchandises, qu’un retard de quelques jours dans d’aussi longues traversées. Cependant, comme les frais d’assurance peuvent en être augmentés, M. Le Roy de Keraniou les a rendus aussi rares que possible. Il n’y aurait absolument de transbordement qu’à Madère, et seulement aux voyages d’aller.
Quant aux voyageurs et à la correspondance, il est évident qu’il faut leur éviter toute espèce de retard, et que des relâches d’un jour et plus, répétées comme elles le sont dans les lignes anglaises, pourraient détruire les principaux effets obtenus par la rapidité de la course. Voici donc ce que l’auteur du projet a imaginé pour obvier à tout inconvénient sous ce rapport:
Les paquebots partant pour une destination quelconque, ne sont, après échange de marchandises à Madère, chargés que pour cette destination. Ainsi, prenons celui qui part pour San-Francisco; il relâchera à Fernambouc, à Montevideo, à Port-Famine, à Valparaiso et à Lima; mais, comme il n’aura de marchandises que pour San-Francisco, les relâches sur ces points intermédiaires seront de très-courte durée, seulement le temps nécessaire pour déposer les voyageurs et la correspondance, et pour prendre les voyageurs et la correspondance du point de relâche; et nous verrons ci-après les moyens employés pour que cela se fasse aussi rapidement que possible.
Cependant, les échanges de chargements, aux îles Madère, entre les navires venant de Brest et ceux venant de Marseille, entraîneront un retard de cinq jours. Mais, les départs de Brest et de Marseille et ces relâches devant se succéder douze fois par mois, il y aura toujours un navire arrivant à Madère, lorsqu’après relâche, un autre navire en partira. Le paquebot arrivant pourra donc, toujours aussi, remettre ses voyageurs et sa correspondance au paquebot partant; et, ainsi, il n’y aura aucun retard possible pour la correspondance et les voyageurs, même dans les relâches de Madère.
Par exemple, les voyageurs pour San-Francisco, au lieu de s’embarquer à Brest et à Marseille le 5 du mois, jour où partiront les deux navires chargés de marchandises pour San-Francisco, laisseront partir ces deux navires le 5, pour qu’ils puissent, pendant les jours suivants, opérer leur échange de chargements à Madère; et eux-mêmes ne seront appelés à partir que 5 jours après, le 10, par les paquebots chargés pour d’autres destinations, qui les déverseront dans le paquebot de San-Francisco, tout chargé et tout prêt à partir de Madère.
Il importe, pour bien juger le projet du capitaine Le Roy de Keraniou, de comprendre tout ce qu’il y a d’ingénieux dans cette disposition des services; elle n’a pas seulement pour effet d’éviter les retards si préjudiciables des relâches; chaque paquebot, après transbordement, étant chargé tout entier de marchandises pour le point extrême du voyage, les expéditions de marchandises pour chaque destination ont pu être réduites à un seul départ par mois. Et comme, dans l’état actuel du commerce français, les transports transatlantiques pour toutes les destinations adoptées par le projet, sont déjà beaucoup plus considérables, il en résultera que les quantités et le fret sur lesquels le projet a compté, seront assurés, et qu’il ne pourra y avoir, de ce côté, aucun mécompte.
Quant aux moyens d’embarquer et de débarquer promptement au passage des paquebots dans chaque port, les voyageurs et la correspondance, voici ceux qu’indique le capitaine Le Roy de Keraniou; (il s’agit du transbordement aux îles Madère):
«Aussitôt que le steamer premier arrivant sera signalé, un petit vapeur (de 50 tonneaux, à 25 chevaux de force, faisant le service d’embarcation comme à Southampton), ira au devant, l’abordera, s’amarrera sur lui, stoppera sa machine et se laissera ainsi remorquer bord à bord. (Le temps permet toujours, dans ces parages, cette opération simple du reste et très-usitée). Il aura amené avec lui la santé, la douane, etc.; et, aussitôt la communication donnée, tous les passagers des autres destinations sauteront dedans avec armes et bagages. On aura le temps aussi d’y mettre la correspondance avant que le steamer ne soit rendu en rade.—Ce transbordement effectué, le steamer larguera le petit vapeur, et celui-ci ira s’embosser de nouveau sur le steamer correspondant qui l’attendra en panne; il lui remettra tout ce qu’il aura reçu du premier, et les passagers n’auront fait ainsi que passer sur rade sans s’y être arrêtés.
Il va sans dire que les voyageurs qui, au lieu de passer aussi rapidement, voudront s’arrêter au point de relâche, en auront la faculté; ils se feront alors mettre à terre par le petit vapeur, et prendront le premier navire pour leur destination, qui viendra relâcher ensuite.