C’est-à-dire que ses chemins de fer transporteront dans tous les sens, à l’aller et au retour, des quantités innombrables de voyageurs et des masses énormes de marchandises.
C’est-à-dire que l’accroissement que ce mouvement apportera au travail, les ressources qu’y puiseront toutes les classes de travailleurs, et le développement qu’en recevra l’industrie nationale, sont incalculables: matières premières, fournies de première main à l’industrie française, déjà maîtresse des marchés du monde entier pour les objets d’art et de goût, et qui, pour tous les autres produits, égalera bientôt l’industrie anglaise, la surpassera peut-être; progrès de l’agriculture, entraînée par l’industrie et par l’ouverture de débouchés nouveaux; adoption des bonnes méthodes et de la grande culture; plus de terres en friche ou en jachères, valeur moyenne du sol décuplée en France.
C’est-à-dire que Brest, avec sa magnifique rade, avec les docks qui y seront bientôt établis, avec ses deux chemins de fer, deviendra l’entrepôt du commerce des deux mondes.
C’est-à-dire que Paris, dont Brest ne sera que l’avant-port, s’emparera de tout le commerce général extérieur, qui, par le fait de la facilité des relations même, augmentera, comme l’industrie Européenne, suivant une progression dont l’imagination s’effraie.
C’est-à-dire que, comme richesse, comme crédit, la France deviendra la première des nations; et il n’en faudra pas davantage pour porter, même son crédit public, au niveau de celui de l’Angleterre, et pour relever au plus haut degré de prospérité toutes ses grandes entreprises industrielles et commerciales.
C’est-à-dire que les ports eux-mêmes, qui, aujourd’hui, se prétendent frustrés, auront, chacun d’eux, au moyen des services auxiliaires à vapeur, une participation considérable dans tous les services transatlantiques, non pas, comme auparavant, dans des services isolés, mesquins, compromis d’avance, incapables de lutter avec les services étrangers rivaux, et qui auraient fait la ruine des villes et des compagnies auxquelles ils auraient été concédés, mais dans des services puissants, féconds, prospères, d’une solidité à toute épreuve, et qui assureront pour de longues années la fortune de la France.
C’est-à-dire que la marine commerciale française trouvera dans le cabotage à vapeur à établir, dans le transport des charbons sur les divers dépôts des lignes transatlantiques, et surtout dans le développement du commerce général et dans les innombrables relations lointaines que les services transatlantiques procureront à la France, des ressources sur lesquelles elle n’aurait jamais osé compter.
C’est-à-dire que la France devient tout-à-coup la première puissance maritime du monde; que les services des paquebots lui procurent trente mille bons marins de plus, formés à la navigation à vapeur aussi bien qu’à la navigation à voiles; que l’extension des expéditions commerciales lointaines donnera à sa marine militaire une importance incalculable; que si la guerre éclatait, elle aurait, à l’ouest, dans son premier port militaire, sur la plus belle rade, au sud, tout près de son grand arsenal de la Méditerranée, cent puissants steamers capables de porter sur-le-champ cent mille soldats sur quelque point que ce fût du monde!
Voilà ce que propose le capitaine Le Roy de Keraniou.
Il appelle à s’unir à lui tous ceux qui sont animés soit de l’intérêt du pays, soit même de leur propre intérêt, ports de commerce rivaux, compagnies formées pour soumissionner, commerce maritime, banque, négoce, industrie. Le champ est assez vaste pour que tous les intérêts s’y rencontrent et s’y donnent la main. Il y aura pour tous FORCE, RICHESSE et GLOIRE!