Selon mistress Ashley, lord Seymour, le matin, «en robe de chambre et les jambes nues,» pénétrait dans l'appartement d'Élisabeth. Lorsqu'elle était au lit, «il ouvrait les rideaux. La princesse s'enfonçait du côté du mur pour n'être pas atteinte.» Lorsqu'elle était levée, «l'amiral s'informant de sa santé la frappait doucement et familièrement sur les épaules....»

Parry répéta les aveux de mistress Ashley. «Elle m'a appris, dit-il, que l'amiral aimait beaucoup trop lady Élisabeth, que la reine était jalouse d'elle et de lui, et que, soupçonnant les fréquentes visites de l'amiral, elle était entrée subitement quand ils étaient seuls au moment où la princesse était dans les bras de lord Seymour.»

Il y eut alors une scène très-orageuse entre la reine et lady Élisabeth. Des paroles irréparables furent échangées entre elles: après quoi, une séparation définitive fut résolue et accomplie. Le bruit courut qu'Élisabeth était enceinte de l'amiral et même qu'elle en avait eu un enfant.

Ce qui ajoute une authenticité aux récits de mistress Ashley et de Parry devant le conseil privé, c'est l'affection inaltérable qu'Élisabeth, princesse et reine, conserva, malgré leurs dépositions, à ces deux serviteurs. Par delà ces récits, il y avait probablement un arrière-secret qu'ils ne violèrent pas.

Quel était ce secret? Peut-être quelque chose de plus que ce qui fut révélé; peut-être le dessein formé contre toute espérance d'un mariage entre l'amiral et Élisabeth. Il existait bien deux empêchements insurmontables: l'opposition certaine du protecteur et la vie de la reine douairière, femme de Thomas Seymour. Mais les amants s'acharnent à l'impossible.

Le plus radical de ces empêchements cessa, du reste, inopinément par une catastrophe. La reine mourut en couches, le 30 septembre 1548. Ce trépas fut si opportun aux projets de l'amiral, qu'on répandit partout qu'il avait empoisonné Catherine. C'était une atroce calomnie. L'amiral était un séducteur et un aventurier de cour. Il n'avait rien d'un meurtrier.

La reine morte, Jane Grey retourna chez ses parents au château de Bradgate. Elle était désolée. Élisabeth n'éprouvait pas le même sentiment dans sa résidence de Hatfield où elle reçut la funèbre nouvelle, et Thomas Seymour aspira plus que jamais à la main de la princesse dont il eut le premier et le plus ardent amour.

Il organisa un plan pour se soustraire à la nécessité d'une approbation soit du conseil, soit du protecteur. Il n'y avait plus que cet empêchement qui subsistât.

Thomas Seymour avait commencé la guerre au duc de Somerset par son mariage avec la reine douairière. Ce mariage rendu public, sous la sauvegarde d'une lettre d'Édouard VI, avait excité une fureur chez la duchesse de Somerset et chez le duc une colère de reflet. La duchesse, la femme du lord protecteur, fut obligée de céder le pas à la femme du grand amiral, ce cadet présomptueux qui avait eu la jactance de s'unir à une reine. De là des passions d'Atrides!

La duchesse de Somerset saignait d'être moins que sa belle-sœur et Thomas Seymour frémissait, écumait de ce que son frère le lord protecteur était plus que lui.