L'acte d'accusation contenait deux chefs principaux:
Le duc avait médité la déposition du roi, son neveu.
Il avait comploté de s'emparer du duc de Northumberland mort ou vif.
Les pairs l'acquittèrent sur le premier chef; ils le condamnèrent sur le second.
Après sa sentence, Somerset demanda pardon au duc de Northumberland, au marquis de Winchester et au comte de Pembroke des desseins qu'il avait formés contre eux. Cette humiliation que l'ancien protecteur s'infligea spontanément à lui-même me semble prouver assez l'intention d'un triple meurtre dévoilé du reste par plusieurs témoins.
L'ordre de l'exécution ne fut pas immédiat: il ne fut signé que le 22 janvier 1552. Le duc de Northumberland inventa tous les délais imaginables. Il avança de degré en degré. Il n'approcha que peu à peu de la main du roi la plume fatale. Il avait circonvenu le jeune prince par des prêtres, par des familiers qui soulevaient la conscience de l'adolescent contre sa sensibilité. Northumberland avait l'air de pencher plutôt vers l'indulgence et de subir les mêmes combats qu'Édouard.
Le roi se détermina enfin.
Le duc de Somerset dut se souvenir de son frère, le grand amiral, dont il avait répandu le sang sur le même échafaud où le sien allait être versé. Il déplora sans doute au dedans son implacabilité; car ses lèvres murmuraient tout bas des prières en marchant à Tower-Hill. Là, il retrouva en face du bourreau son courage de soldat. Il fit un discours touchant à la multitude qui avait envahi l'intérieur de la Tour. Il avait favorisé la Réforme et le pauvre peuple. Il en fut récompensé à cette heure suprême. Il fut entouré d'un respectueux attendrissement. Toutes ces rudes poitrines vibraient pour lui. Sir Anthony Broon s'étant présenté à cheval, et quelques voix ayant crié: «La grâce, la grâce,» il y eut une explosion de joie. Somerset lui-même eut un court mirage. Détrompé vite, il reprit son discours avec calme, recommandant aux spectateurs en larmes la fidélité au roi et à l'Église nouvelle. Il se tut un moment, regarda une dernière fois le ciel, salua l'immense auditoire, et, ployant ses deux genoux, il emboîta son cou palpitant dans l'échancrure du billot; sa tête roula et rougit le drap noir de l'échafaud au milieu d'un vaste gémissement.
La mort du duc de Somerset fut plus noble que sa captivité. Il eut d'abord trop de bonheur et son étoile avait été trop éclatante. Il en fut ébloui. Ni son intelligence, ni son caractère n'étaient faits pour porter sa fortune. Elle était trop supérieure à son génie. Pour l'achever, il eut une femme hautaine, une de ces femmes pour qui l'étiquette est plus que l'affection, plus que le devoir et qui poussent les leurs jusqu'au trône ou jusqu'à l'échafaud dans l'unique but de tout écraser autour d'elles sous une insolente personnalité.
Lord Thomas Seymour et le duc de Somerset ensevelis, Northumberland gouverna seul. Il n'avait pas le nom de protecteur, mais il en avait l'omnipotence. Il l'avait conquise par sa flexibilité, par ses tempéraments non moins que par l'opportunité rapide de son initiative et de son action.