Il rougissait d'aise lorsque Cranmer lui parlait de créer des chaires de théologie et d'éloquence à Cambridge et à Oxford pour Bucer et pour Pierre Martyr Vermigli.
«Mon père, disait le jeune roi, j'autorise tous vos desseins. C'est m'honorer que de protéger les lettres et ceux qui les cultivent avec éclat. Ne vous y épargnez pas. Si l'argent manque à mon trésor, réduisez plutôt mes écuries et les dépenses de ma bouche.»
Il travaillait en même temps, le noble jeune prince, autant que le permettait sa santé.
«Jamais la noblesse d'Angleterre, écrit en 1550 Ascham à Sturmius, recteur de l'université de Strasbourg, n'a été plus savante qu'à présent. Notre illustre roi Édouard surpasse en talent, en habileté, en persévérance et en instruction le nombre de ses années et ce que l'imagination peut supposer. Il faut accorder aussi de justes éloges à cette foule de jeunes seigneurs élevés avec notre prince dans les littératures grecque et latine.»
Ascham rend hommage aux deux précepteurs du roi, Antony Coke et John Cheek.
On sent qu'il s'estime profondément lui-même qui, après la mort de son ami Grindal, s'est chargé de l'éducation de la princesse Élisabeth. Il est plein d'enthousiasme pour elle, ce qui ne l'empêche pas de rendre justice aux dames soit de la cour, soit de la ville que recommande l'ardeur des lettres.
Il cite au premier rang les filles du duc de Somerset et Mildred Cecil, la fille d'Antony Coke, la femme de William Cecil, déjà secrétaire d'État, déjà le plus grand politique de l'Angleterre, déjà digne qu'on lui appliquât les paroles dont Thucydide sacre Périclès: «Il avait le sentiment de toute convenance, le tact pratique et utile de toute théorie.»
La petite-fille de Thomas Morus, mistress Clark, rappelait intellectuellement sa mère mistress Roper et le chancelier son aïeul. Lady Vaughan et la comtesse de Pembroke, sœur de la reine Catherine Parr, étaient des personnes tout à fait littéraires à la cour; Ascham les célèbre. Seulement ses prédilections étaient pour la princesse Élisabeth et pour Jane Grey.
Jane Grey surpassait toutes ses compagnes soit par son intelligence, soit par sa modestie.
Elle ne tenait qu'à la science et à la vertu.