«Un jour, dit Aylmer, lady Jane ayant reçu de lady Marie une parure brillante, des vêtements d'or et de velours et toutes les somptuosités de la toilette, elle s'écria en les voyant:

«Que ferai-je de ceci?

—Ces vêtements, lui répondit-on, iront bien à une personne de votre rang.

—Vraiment, repartit Jane, ce serait une honte à moi d'obéir à lady Marie contre la volonté de Dieu et d'abandonner lady Élisabeth qui s'y conforme religieusement.»

Une telle petite scène peint bien la cour d'Édouard VI, vers 1550. Cette cour était rigide. Le jeune roi était plus sévère même que l'archevêque, et rien ne lui plaisait comme la simplicité des costumes, image de la décence des mœurs. Il y avait deux tendances: la tendance au luxe imposée par lady Marie aux dames en qui survivaient les souvenirs catholiques; la tendance à un puritanisme poli recommandé par la princesse Élisabeth et par Jane Grey, toutes deux protestantes.

Le roi aimait beaucoup Jane qui était la femme selon son idéal, une jeune fille accomplie en grâce, en chasteté, une vierge qui éclairait et qui charmait à la fois. Édouard ne pouvait souffrir Marie sa sœur aînée; il avait plus de penchant pour Élisabeth; mais sa tendresse la meilleure était pour Jane Grey qui apaisait son humeur contre la fille de Catherine d'Aragon et qui tournait son cœur de plus en plus vers la fille d'Anne Boleyn.

On sent l'influence de lady Jane dans les condescendances croissantes d'Édouard pour Élisabeth, et dans les honneurs dont il permettait qu'elle fût entourée, lorsqu'elle lui faisait visite.

On lit dans les Mémoires de Strype, à la date du 17 mars 1558:

«Lady Élisabeth s'est rendue à cheval au palais de Saint-James. Elle était accompagnée d'une suite de lords, de gentilshommes, de dames du premier rang au nombre de deux cents.»

A la date du 19, on lit encore: