Rien n'émeut, n'élève et ne moralise comme la méditation de ce caractère qui soutenait un génie.
Le portrait que nous avons de Vermigli le manifeste tout entier. Son visage antique fait rêver aux primitifs initiateurs de la grande Grèce et à Pythagore.
Le front est harmonieux et les nombres en ont tracé les dimensions. Les yeux semblent répandre à torrents les feux de l'Etna, dont Vermigli visita deux fois l'ouverture embrasée. La bouche intarissable verse à flots l'éloquence, non moins que les regards la lumière. Et, chose fatale, au milieu de ces épanchements, de ces effusions de l'âme, la chair frémit et les cheveux se hérissent dans une horreur sainte. C'est que les apostolats se déroulent devant les bûchers qui fument et devant les haches qui brillent.
Ce furent Bucer et Vermigli qui communiquèrent à l'imagination de Jane Grey la curiosité de Bullinger. Elle lut deux ouvrages du pasteur de Zurich: le premier, De origine erroris; le second, De summo gaudio summoque luctu extremæ diei.
Jane remonta des livres à l'écrivain et désira entrer en familiarité avec lui. Pour moi, avant de scruter Bullinger à propos de Jane Grey, j'avais été touché d'un des derniers traits de la vie du pasteur de Zurich.
La grandeur du protestantisme à ses origines, c'est non-seulement la foi, c'est la générosité qui naît de cette foi.
Le protestantisme avait vaincu par la Bible. Il prévoyait des luttes nouvelles, mais son espérance était sans bornes. Si l'esprit humain, plus redoutable que le catholicisme, survient à son tour, que fera le protestantisme? Aura-t-il recours à la force? Brisera-t-il les presses? Cherchera-t-il à réduire au silence par le despotisme la philosophie? Non. Contre tous les adversaires présents et futurs, le protestantisme dans ce coin de la Suisse où Bullinger personnifiait sa puissance n'exigeait que la libre controverse.
Il est beau de sonder l'âme des apôtres au moment de leur mort, à ce moment suprême où il ne reste plus qu'une faculté, la conscience. Eh bien! quel vœu exprimait Bullinger à la veille de retourner vers Dieu? Quelles leçons laissait-il au gouvernement de Zurich en quittant la terre?
Quand on décacheta son testament, apporté par ses fils à la municipalité, voici ce qu'on y lut.
Il remerciait les magistrats de leur zèle pour la propagation de la piété, la première des vertus, il les remerciait de toutes les bienveillances dont ils l'avaient comblé pendant près d'un demi-siècle; puis il ajoutait cette clause magnanime: