Il y avait alors dans Jane tant d'attrait, sur son visage sans plis tant de pureté, dans son teint blanc et rose tant de fraîcheur, dans sa physionomie tant de distinction; il y avait tant de modestie dans sa démarche, tant de grâce dans sa taille souple comme une tige de saule de la Tamise, qu'on devinait du premier abord une âme supérieure et délicieuse.

En examinant Jane de plus près, le ravissement croissait.

Ses yeux profonds surmontés de sourcils légers avaient la limpidité de l'eau de roche. Ils semblaient dessinés et creusés pour exprimer l'amour et pour réfléchir Dieu. Sa narine, d'une rare délicatesse, respirait la bonne odeur morale de l'Évangile avec les parfums de la campagne anglaise. Ses lèvres souriaient à la vérité, à la nature, à l'amitié, à l'héroïsme, à l'amour et même à la mort dans laquelle Jane voyait l'infini.

Les esprits de la Renaissance excellaient à soulever en haut l'érudition. Ils en faisaient une poésie; Jane en faisait une poésie et un amour. Tout ce qu'elle avait appris, elle en ornait Guildford. Tout ce qu'elle avait connu seule, elle le sentait en lui et avec lui. Elle douait ce jeune homme à plaisir. La science, qui pour les autres est un poids, était pour Jane une dentelle de plus ouvrée artistement: elle en était parée et non surchargée. La beauté éternelle, qui était le fond de son être, resplendissait dans la princesse sous deux voiles: une pudeur adolescente et les tresses blondes de ses cheveux.

Avant de monter les degrés du trône qui sera son écueil et ceux de l'échafaud qui sera son calvaire, Jane Grey est mûre pour l'envieuse mort; car elle porte en elle la plénitude de la poésie, du sentiment et du bonheur.

De retour à Londres, les Dudley, à Durham-House dans le Strand, les Suffolk, à l'hôtel Dorset dans Grey's-Place, ne cachaient pas leur intimité de plus en plus vive. Jane et Guildford étaient embrasés d'un jeune amour approuvé de leurs parents et du roi lui-même. L'hiver de 1553 s'écoula pour eux dans un enchantement.

Édouard VI eut la rougeole, puis la petite vérole. Il en guérit, mais, à la suite d'un refroidissement, il contracta une pulmonie qui ôta tout sommeil à Northumberland.

Le duc était le plus puissant lord du royaume. Il avait des richesses fabuleuses. Il possédait plus de vingt manoirs dans les comtés du Nord, les châteaux de Tinmouth et d'Alnwick dans le Northumberland, le château de Bernard dans l'évêché de Durham, les terres les plus magnifiques des comtés de Somerset, de Warwick et de Worcester. Il tenait les rênes du gouvernement; ses partisans remplissaient les fonctions publiques. Son frère, ses fils, ses amis étaient investis des principales dignités de la couronne. Il était tout par le roi: que serait-il sans lui? Rien. Il serait dépouillé, annulé, peut-être enfermé à la Tour, près du billot.

C'était la princesse Marie, la fille de Catherine d'Aragon, qui était l'héritière légitime du trône de son frère. Or, Marie ne voulait pas de bien à Northumberland. Il avait trompé sa confiance et celle des catholiques. Elle le détestait personnellement. Le duc devait faire l'avenir, s'il le souhaitait favorable.