Le contraste était frappant entre la fille de Catherine d'Aragon et la fille d'Anne Boleyn.
Élisabeth avait vingt ans (1553). Elle était blonde. Elle avait les yeux bleus, la taille belle quoiqu'un peu roide, le maintien noble sans souplesse, les mains admirables.
Marie, elle, avait la stature ramassée, l'air aigre et chagrin d'une vieille fille de trente-sept ans. Ses regards étaient fixes, impitoyables. Ils faisaient trembler. Elle avait le front menaçant, les sourcils très-rudes, et le menton accentué sous une bouche aussi féroce que celle de Henri VIII.
La physionomie de Marie Tudor, cette physionomie farouche, aux plis tragiques, s'adoucit un instant sous les ombres de la Tour, lorsqu'elle rendit la liberté aux prisonniers du dernier règne, agenouillés devant son cheval. Ces prisonniers étaient le duc de Norfolk, la duchesse de Somerset, Courtenay le fils du marquis d'Exeter, et Gardiner l'ancien évêque de Winchester.
Marie s'éprit de Courtenay, mais il la dédaigna. Elle fit de Gardiner, dont elle connaissait les talents et les sévérités, son premier ministre. L'attendrissement de la princesse dans l'intérieur de la Tour ne fût pas long et ne s'étendit pas à ses ennemis. Elle demeura elle-même. Son caractère allait mieux éclater sous la couronne.
Elle apportait, dans les plis de son manteau royal, des vengeances innombrables,—des supplices pour la conspiration de Northumberland;—des supplices à l'occasion de son mariage avec le prince d'Espagne;—des supplices encore pour la restauration du catholicisme en Angleterre. Elle était guidée de loin par Charles-Quint, dont l'ambassadeur, Simon Renard, était l'oracle de la reine, pourvu qu'il inclinât aux atrocités.
Northumberland fut mis en cause avec ses complices les plus intimes: le comte de Warwick, son fils; le marquis de Northampton, sir John et sir Henri Gates; sir Thomas Palmer et sir André Dudley. Après quelques objections captieuses proposées aux juges et promptement écartées par eux, le duc s'avoua coupable. Il implora les bontés de la reine pour ses enfants et particulièrement pour Jane Grey. Il affirma qu'elle n'avait pas cessé de reconnaître le droit de Marie, et que, si elle avait touché au sceptre, c'était par contrainte.
Jane et Guildford furent ajournés, malgré l'avis de Simon Renard, l'interprète de Charles-Quint. L'empereur (papiers Granvelle) pensait que Jane était de trop comme sujette dans une contrée dont elle avait été la reine, et qu'il était indispensable d'immoler cette rivale à la sécurité de Marie.
Le duc de Northumberland fut condamné avec les six complices le plus âprement désignés par la réaction. C'étaient, je l'ai dit, le comte de Warwick, le marquis de Northampton, sir John et sir Henri Gates, sir André Dudley et sir Thomas Palmer. Le duc choisit, parmi les théologiens qui se disputaient son âme, un confesseur catholique, et il sollicita une conférence avec deux lords dévoués à la reine. Il désirait, insinuait-il, révéler certains secrets très-importants dont il avait été dépositaire pendant son administration. Gardiner et un autre conseiller l'entretinrent longtemps. Northumberland supplia l'évêque de Winchester de le sauver. Le prélat, sans rien promettre, feignit de se laisser convaincre, tandis que Renard poussait Marie à l'implacabilité en invoquant la raison d'État et l'opinion personnelle de Charles-Quint.
Le souple Northumberland eut beau se plier, s'humilier; il eut beau se déclarer catholique et prêcher au peuple le papisme du haut de sa dernière tribune, l'échafaud; tant d'abaissement et tant d'hypocrisie ne l'empêchèrent pas d'avoir la tête tranchée à Tower-Hill, le 22 août 1553. Ses deux complices les plus énergiques et les plus ardents, sir John Gates et sir Henri Palmer furent décapités après lui par le même bourreau.