Jane Grey continuait d'être enfermée dans la sombre forteresse. Elle n'habitait plus l'appartement des reines. Elle avait été reléguée dans la maison de maître Partridge, un des gardes du triste donjon. Là, sous les noires silhouettes de la Tour, elle était servie par deux femmes et séparée de lord Guildford.
CHAPITRE XIV.
La reine Marie se propose d'épouser le prince d'Espagne qui plaît à son imagination.—Malgré l'opposition de l'Angleterre, elle le choisit.—Conspirations.—Pierre Carew.—De Wyatt.—Le duc de Suffolk.—Noces de la reine et de Philippe.—Gardiner.—Victimes de Marie.—La plus illustre, Jane Grey.—Visite de Feckenham à la Tour.—Il ne peut convertir Jane au catholicisme.—Loin de l'insulter, il la respecte et la loue.—Jane dans la loge de maître Partridge.—Ses sentiments, ses lectures.—Sa foi en Dieu et en l'immortalité de l'âme.—Lettres de Jane Grey à son père, à Harding, à sa sœur Catherine.—Nuit du 11 au 12 février 1554.—Mistress Tylney.—Holbein.—Légende sur la Tour.—12 février.—Jane s'habille avec soin.—Elle refuse de voir Guildford.—Elle craint de l'amollir et de s'amollir elle-même.—Guildford l'approuve et meurt bien.—Jane est conduite au supplice.—Elle rencontre la charrette qui ramène les restes sanglants de Guildford.—Son trouble.—Son courage.—Son refuge en Dieu.—Sir John Bridges.—Discours de Jane.—Son horreur soudaine du billot.—Sa mort.—Indignation de l'Europe.—Pleurs de la duchesse de Vendôme.—Lettre de Diane de Poitiers.—La reine Marie odieuse sur son trône.—Jane Grey admirable sur son échafaud.
Marie Tudor cependant songeait à épouser quelqu'un, elle ignorait qui. Elle souhaitait des héritiers. Jamais elle ne s'était satisfaite. Elle avait eu des goûts qu'elle avait domptés. Son tempérament, maté par l'ascétisme, se réveillait par la toute puissance. Sa longue virginité lui pesait. Sa passion sans cesse comprimée éclatait en elle. Tout lui étant facile maintenant, elle brûlait d'autant plus, cette passion, qu'elle était la première et la dernière.
La reine déployait un luxe de parure inconnu sous Édouard VI. La profusion romaine s'étalait partout à la cour et narguait la modestie protestante.
On proposait à Marie le cardinal Polus: elle le trouvait trop vieux; Courtenay, comte de Devonshire, celui qu'elle avait arraché des cachots: il était trop libertin. Elle l'aima d'abord, ne fut pas payée de retour et y renonça.
«Cette reine, dit l'ambassadeur de France, M. de Noailles, est en mauvaise oppinion de luy pour avoir entendu qu'il faict beaucoup de jeunesses et même d'aller souvent avecques les filles publiques.»