Un troisième prétendant plus sérieux était le prince d'Espagne.
«Nous ne voudrions (papiers Granvelle) choisir autre parti en ce monde, écrit Charles-Quint à Simon Renard, que de nous allier nous-même avec elle, mais, au lieu de nous, nous ne lui saurions mettre en avant personnage qui nous fut plus cher que notre propre fils.»
Rien de plus impopulaire que ce projet de noces. L'orgueil anglais se roidit contre l'orgueil espagnol. Gardiner lui-même, le chancelier, ne voulait point de Philippe. La reine, elle, en voulait. Il avait douze ans de moins qu'elle. Il était castillan et papiste, du pays et de la religion de Catherine d'Aragon. Il devait avoir toutes les flammes qui dévoraient Marie Tudor sous les voiles de son orthodoxie.
Dans sa colère contre l'opposition de l'Angleterre, elle manda Simon Renard, l'ambassadeur de Charles-Quint. Elle le reçut au fond de son oratoire. Elle s'agenouilla sur l'une des marches de l'autel, et, après avoir récité devant le saint des saints l'hymne: Veni, Creator, elle engagea sa foi comme épouse, à Philippe, prince d'Espagne. L'ambassadeur fut son témoin.
Le seul pressentiment de cette union incendia l'Angleterre.
Sir Pierre Carew s'efforça de soulever le Devonshire au nom de Courtenay qui n'eut pas l'audace de son désir et qui recula devant le champ de bataille.
Le duc de Suffolk, s'il n'eut pas le génie d'une seconde révolte, en eut du moins le courage. Il partit avec ses deux frères, les lords John et Thomas Grey, pour ses terres du comté de Warwick. Là, il poussa son cri de guerre. Vaincu dans une escarmouche près de Coventry, il congédia ses amis et fut livré par Underwood, un tenancier qui désigna la retraite du duc dans un labyrinthe du parc d'Astley. Suffolk fut ramené à la Tour par le lord Huntingdon comme sir Pierre Carew fut mis en fuite par Bedford.
Carew aspirait à faire de Courtenay l'époux de la reine, et le duc de Suffolk à préserver la réforme de l'oppression catholique. Wyatt, lui, qui avait été ambassadeur en Espagne, se proposait de défendre l'Angleterre contre la domination mesquinement et superstitieusement terrible de cette Afrique européenne. Ainsi que dans Pierre Carew il y eut une prédilection franche pour Courtenay, il y avait probablement dans le duc de Suffolk une arrière-pensée pour Jane Grey, et soit dans Wyatt, soit dans beaucoup de ses adhérents, un penchant secret vers Élisabeth.
Thomas Wyatt était le fils du poëte. Il était plein d'honneur et de patriotisme. Il était catholique sans curiosité et sans colère pour ou contre aucune secte. Il n'avait d'enthousiasme que pour la vieille Angleterre. Son rêve était non de la chanter comme son père, mais de la protéger, de l'illustrer par des strophes qui seraient des actions. M. de Noailles qui parle avec mépris de Courtenay, dit de Wyatt:
«Un gentilhomme le plus vaillant et assuré que j'aie oncques vu.»