Wyatt en effet insurgea le comté de Kent, en haine du prince d'Espagne. Il envahit Londres le 7 février 1554. La reine, il faut lui rendre cette justice, refusa courageusement de s'enfermer dans la Tour. Elle demeura au palais de Saint-James, malgré les supplications de ses ministres. Elle diminua par sa résolution les alarmes. Wyatt pénétra jusqu'à Hyde-Park. Il avança toujours. Lord Pembroke et l'amiral Clinton le coupèrent par une manœuvre habile et l'isolèrent du gros de sa troupe. Lui, l'épée à la main, et avec une poignée de braves traversa Piccadilly et arriva jusqu'à Ludgate où lord William Howard lui barra le chemin. Wyatt criait aux bourgeois:
«Mes camarades, à moi, à moi tous ceux qui ont une âme anglaise et qui ne veulent pas pour maître un prince espagnol.»
Il rétrograda sur Temple-Bar combattant les soldats de la reine et adjurant la foule. A bout d'efforts, n'ayant plus que quarante compagnons et ne pouvant électriser Londres qui cependant était pour lui, environné d'ailleurs d'une armée, il se rendit à sir Maurice Berkeley, afin d'éviter un carnage inutile. En cette extrémité, il souhaita d'épargner le sang des autres, non pas le sien qui appartenait à Marie Tudor.
Il fut maltraité par ses vainqueurs. A la grille de la Tour, sir Philippe Denny l'aborda du dedans.
«Viens, traître, lui dit-il, jamais il n'y en eut un semblable à toi.
—Tu mens, répondit Wyatt, il n'y a qu'un traître devant cette grille et ce traître, c'est toi-même. Va, un homme de cœur ne m'eût pas insulté ici.»
Plus loin, au moment où il allait franchir le seuil de son cachot, sir Thomas Bridges, lieutenant de la Tour, l'apostropha brutalement:
«Comment, infâme, lui cria-t-il, ton bras ne s'est-il pas séché avant de déployer un étendard rebelle contre ta souveraine?
—Tu n'es qu'un malfaiteur, répliqua Wyatt, et les lois vengeront tôt ou tard tes insolences envers un gentilhomme désarmé.»
Nous avons de Wyatt un portrait héroïque. Ses cheveux roux flottent épars, ses tempes battent, ses yeux sont déterminés. Il a le nez fin et aquilin, la bouche frémissante, l'attitude de la malédiction et le geste du dédain sur ce peuple sourd à la cause du peuple.