Il paraissait affligé et Jane eut un pressentiment de mort. Feckenham apprit à la princesse la conspiration de Wyatt, la défaite des conjurés, la complicité du duc de Suffolk qui allait être réintégré à la Tour, le surlendemain 10 février. Le confesseur de Marie Tudor ajouta qu'il n'y avait pas une minute à négliger. Il annonça enfin que l'exécution de la sentence prononcée, le 3 novembre 1553, contre lady Jane et lord Guildford était résolue et que tout serait accompli dans vingt-quatre heures.
«Ah! répondit Jane, je ne connaissais pas cette seconde conspiration; je ne connaissais pas non plus la première, mais, en m'y associant par dévouement, j'ai été coupable. Je mérite d'être frappée.»
Touché d'une si grande infortune si généreusement supportée, Feckenham exhorta la princesse à se faire catholique.
«C'est le salut, dit-il, et c'est la vie que je vous offre: car si vous vous convertissez, la reine vous restituera liberté, rang et biens.»
Jane était calviniste à la manière d'Édouard VI. Elle répliqua sans emphase et sans hésitation, en personne prête à tout, qu'elle craignait moins la hache que l'apostasie. Feckenham approfondit la question capitale entre eux: la présence réelle dans l'Eucharistie. Comme il lui répétait le texte évangélique, elle ne l'éluda point, donna son explication et ne fut pas entamée. Alors Feckenham la quitta, retourna à Saint-James, obtint un sursis de trois jours et regagna la forteresse. Il avertit Jane de ce qu'il avait fait.
«Je suis reconnaissante de votre intention, lui dit-elle, mais je n'en suis pas heureuse. J'en suis plutôt contrariée. Le poids du sort m'accable et j'ai hâte d'aller à mon Dieu.»
D'autres docteurs catholiques furent adjoints par Marie Tudor à Feckenham. Ils échouèrent tous.
L'un d'eux essayant d'effrayer Jane par la proximité du sépulcre:
«J'ai toujours vu, reprit-elle, le billot derrière la couronne.»
A ceux qui se contentèrent de raisonner, elle répondit avec bienveillance. Son intelligence était vaste, son instruction solide, son éloquence entraînante. Elle trouva même une logique plus pressante, une langue plus persuasive qu'à l'ordinaire. Elle souhaita pourtant de ne plus discuter.