«J'ai consacré ma jeunesse à former ma conviction, dit-elle d'un grand cœur; ce n'est pas le moment d'argumenter, c'est le moment de prier.»
Feckenham se retira respectueusement avec ses collègues. Le confesseur de Marie, je le constate ici à sa gloire, ne craignit pas de louer Jane; il parla d'elle en chevalier sous sa robe de prêtre, plutôt que de taire en courtisan la politesse, la fermeté et les talents de l'illustre captive.
Seule dans sa lugubre cellule, Jane se retrancha en Dieu.
Elle n'adressa aucun message à sa mère qui ne s'en serait pas souciée. La duchesse de Suffolk était vaine comme la vanité. D'une beauté rare, elle n'était occupée qu'à se parer et qu'à se regarder dans un de ces petits miroirs de Venise alors à la mode parmi les princesses, à cause de leur agrément et de leur attrayante nouveauté. Quand la duchesse n'est pas peinte avec son miroir, elle est peinte, une cravache à la main, fière et hautaine dans tous ses cadres. C'est la grande dame orgueilleuse du seizième siècle.
Jane, au lieu de lui écrire, écrivit à son père. Elle savait la faiblesse du duc, elle redoutait de sa part une abjuration, et, tout en le consolant, elle s'efforçait de le prémunir.
Après la conspiration de Northumberland, elle lui avait écrit:
«Mon père, quoiqu'il ait plu à Dieu de se servir de vous pour abréger ma vie, lorsqu'il vous appartenait de la prolonger, je vous assure que je me soumets avec résignation.... Ainsi, mon bon père, je suis disposée à mourir. Cette mort peut vous paraître terrible, mais pour moi je considère comme très-avantageux de sortir de cette vallée de misère pour aspirer au trône céleste avec Jésus-Christ, mon Sauveur. Que le Seigneur continue à vous maintenir dans la foi inébranlable qu'il vous a accordée jusqu'à présent (s'il est permis à une fille d'écrire ainsi à son père), de manière qu'à la fin nous puissions nous rencontrer dans le ciel.
«Je suis, jusqu'à la mort, votre fille obéissante,
«Jane Dudley.»