—Oui, avait-elle répondu mélancoliquement. Il me plaisait mieux autrefois dans la cime des pins de Charnwood.»
Elle se rasséréna pourtant peu à peu dans les effusions religieuses où elle était intarissable.
Sur le soir, elle parcourut un Nouveau Testament grec au bout duquel il y avait quelques pages blanches. Ces pages l'invitaient. Elle y traça des lignes attendries. De ses deux sœurs lady Catherine et lady Marie, c'était lady Catherine qu'elle avait toujours eue en une amitié plus intime, et c'est à elle qu'elle transmit ce souvenir si plein de ses sollicitudes.
«Le livre que je vous envoie, ma chère Catherine, sans être relié avec des ornements d'or ou avec des broderies d'un travail exquis, n'en est pas moins, par ce qu'il contient, plus précieux que les mines les plus riches de la terre; c'est, ma meilleure amie, le livre de la loi du Seigneur, son testament et la dernière volonté qu'il a léguée aux misérables pécheurs pour les conduire dans la voie du salut. Si vous le lisez avec attention et si vous suivez les excellents conseils qu'il donne, il vous mènera indubitablement au bonheur éternel; il vous apprendra comment il faut vivre et mourir; il vous apportera dès à présent une félicité plus grande que celle que vous eussiez obtenue par les biens de notre malheureux père....
«Désirez avec David, ma bonne sœur, de comprendre la loi du Seigneur notre Dieu. Ne comptez pas sur votre jeunesse pour vivre de longues années: car lorsque Dieu nous appelle, les heures, les temps et les saisons sont semblables. Bienheureux alors ceux dont les lampes sont allumées; le Seigneur est aussi bien glorifié par la jeunesse que par la vieillesse!
«Permettez-moi de vous parler encore, ma chère sœur, pour vous apprendre à mourir; renoncez au monde, bravez le démon, méprisez la chair, réjouissez-vous seulement avec le Seigneur, repentez-vous de vos péchés sans jamais désespérer; ayez confiance en votre foi sans être énorgueillie, et souhaitez, à l'exemple de saint Paul, d'être avec Jésus-Christ, près duquel on jouit d'une vie nouvelle.
«Ressemblez au serviteur fidèle qui veille au milieu de la nuit; veillez, de peur que la mort ne vous surprenne endormie.... Réjouissez-vous en Jésus-Christ, et puisque vous avez le nom d'une chrétienne, attachez-vous à ses pas; imitez votre maître, portez votre croix pour y déposer vos péchés et pressez-la toujours contre vous.
«Maintenant, pour ce qui regarde ma mort, ne vous en affligez pas plus que moi, ma très-chère sœur: car je serai délivrée de ce corps corruptible pour revêtir l'incorruptibilité; je suis assurée qu'en échange d'une vie mortelle, j'en obtiendrai une qui sera immortelle et pleine de joie, faveur que je prie Dieu de vous accorder, selon sa bonté infinie, ainsi que celle de vivre dans la crainte du Seigneur et de mourir dans la véritable foi chrétienne. Au nom de notre Dieu, je vous exhorte à ne jamais vous en séparer ni par l'espérance de la vie, ni par la terreur de la mort; car si vous reniez sa parole.... Dieu aussi vous reniera, et par punition, abrégera la vie que vous auriez voulu prolonger au prix de votre âme; mais si, au contraire, vous vous dévouez à lui, il vous accordera de longs jours et vous associera à sa propre gloire. Que Dieu présentement me conduise à cette gloire, et vous ensuite, quand il lui plaira! Adieu pour la dernière fois, ma sœur bien-aimée, placez toute votre confiance en Dieu seul, puisque lui seul peut vous secourir.
«Votre tendre sœur,
«Jane Dudley.»