Les difficultés ne s'aplanissaient pas.

Le fond de Clément VII, comme de Henri VIII et de lady Boleyn, était l'égoïsme le plus âpre. Clément ne voulait pas être déposé pour bâtardise et il voulait garder le gouvernement de Florence. Il songeait moins aux intérêts du saint-siège qu'à ses propres intérêts. Il était plus Médicis que pape. Il craignait moins de perdre l'Angleterre par le schisme que d'offenser l'empereur dont les armées couvraient l'Italie. Henri VIII voulait le triomphe de sa passion pour lady Anne. Mlle de Boleyn voulait la couronne d'Angleterre. Catherine d'Aragon et l'empereur étaient plus nobles. L'une s'obstinait afin de sauver son honneur et l'honneur de sa fille en maintenant ses droits d'épouse; l'autre, en conjurant la répudiation de sa tante, sauvegardait la dignité du sang royal d'Espagne.

Henri VIII était à bout d'intrigues, d'efforts, de menaces. Les tergiversations de Clément VII, sa fausseté dont il avait eu tant de preuves, lui fermaient toute issue vers une solution.

Que faire?

Deux hommes se présentaient, le premier un homme religieux, l'autre un homme politique. Ils avaient tous deux le secret du destin. Ils s'appelaient Cranmer et Cromwell.

Cranmer avait composé son livre. Le mariage entre le beau-frère et la belle-sœur est interdit, démontrait-il, le Lévitique à la main. Il y joignit l'opinion des théologiens de toute l'Europe, des universités de l'Angleterre, de l'Allemagne et de l'Italie. Il parcourut ces contrées, répandant son livre, le développant dans des discours, le fortifiant par des duels de paroles où il se montrait tout ensemble exégète, casuiste, logicien et orateur. C'était le chevalier de la Bible. Il fit une campagne retentissante où il proclama fièrement à la face du monde le grand principe de la Réforme, le principe qui la contient tout entière: la supériorité de l'Écriture sur les bulles.

Il contesta, limita et sapa dans cette question brûlante du mariage de Henri VIII, la suprématie du pape.

Il avait été de l'ambassade du comte de Wiltshire à Bologne, où le pape et Charles-Quint résidaient dans le même palais.

Le père de lady Anne, nommé récemment comte de Wiltshire, était un négociateur adroit. Il avait toutes les élégances. Il était homme du monde et homme de cour. Il avait vécu à l'étranger, beaucoup observé et beaucoup appris. D'un extérieur séduisant et d'une bouche d'or, il plaisait à tous soit qu'il se tût, soit qu'il parlât. Il avait un mélange de douceur et de fermeté. Il flattait ou menaçait à propos. Il avait toutes les éloquences de la diplomatie: la justesse, la grâce, le tact. Il avait le don de s'insinuer et le talent de réussir à moins que le succès fût impossible.

Clément VII reçut très-bien cet ambassadeur. Lui, le pape, ignorant de son propre aveu et simoniaque de l'aveu de tous, lui qui, laissé à son inspiration personnelle, répétait à l'évêque de Tarbes: «Je serais content que le mariage du roi et de lady Anne fust jà faict, mais que ce ne fust par mon autorité ny aussi par diminution de ma puissance;» lui, qui n'aurait demandé qu'à se réconcilier avec Henri VIII, fit fête à l'ambassade d'Angleterre et particulièrement au comte de Wiltshire. Il n'en fut pas de même à l'audience de Charles-Quint. Ce prince, si compassé et si patient d'ordinaire, eut un mouvement d'irritation à la vue du comte de Wiltshire qui se disposait à le haranguer: «Monsieur, s'écria l'empereur avec amertume, cédez la parole à vos collègues; vous êtes partie dans la cause.» Le comte ne se résigna point à une insulte lancée de si haut. Il revendiqua son droit, disant qu'il n'était pas à Bologne comme père, mais comme ambassadeur. Il déclara, au nom de son souverain, que l'approbation de l'empereur serait précieuse à Henri VIII, mais que nulle force humaine ne ferait renoncer le roi à sa résolution d'obtenir justice du pape.