Les diplomates anglais exprimèrent à Charles combien son consentement serait désirable dans cette conjoncture. Ils offrirent quatre cent mille couronnes, la restitution de la dot de Catherine et une pension viagère convenable au rang d'une telle princesse. L'empereur répondit: «Je ne suis point marchand, pour vendre l'honneur de ma tante. Le procès est devant son tribunal naturel: c'est au pape de prononcer.»

Clément VII aurait bien souhaité de s'abstenir, mais il était entre l'enclume et le marteau. Le marteau, c'était l'empereur, et, sous la terreur d'un coup mortel, le pape défendit à Henri de se remarier jusqu'à ce que la sentence pontificale fût rendue.

L'ambassade du comte de Wiltshire échoua donc. Le comte revint à Londres. Lady Anne éclatait malgré elle. L'ironie acérée envenimait sa colère contre Rome. Henri était furieux et embarrassé.

C'est alors que Thomas Cromwell sollicita une audience du roi.

Ce Cromwell était né pour fouler la délicate tunique de la papauté, comme son père le foulon foulait le drap grossier du matelot anglais.

Thomas Cromwell était avant tout un aventurier: un aventurier de guerre, il avait été l'un de ces soldats du connétable de Bourbon qui mirent Rome à sac et qui battirent en brèche le château Saint-Ange; un aventurier de loi, il remplacera dans les îles Britanniques, par le roi Henri VIII, le successeur de saint Pierre. Il ajusta deux fois de son arquebuse et de sa politique la papauté, et il renversa dans les décombres des monastères la dictature romaine.

Il avait le crâne dur, le front hardi, le nez acéré, les yeux fixes, la bouche déterminée, la physionomie opiniâtre, l'attitude populaire, la tête penchée du taureau lorsqu'il va donner un coup de corne.

Il entama sans préambule avec le roi la question du divorce. Il avait l'élan d'un reître et les ressources d'un légiste. Ce n'était certes pas trop pour défaire un pape sacré et pour faire un pape profane. «Sire, dit Cromwell à Henri, vous devriez remercier Dieu de la situation qu'il vous a préparée. Tout vous favorisera, si vous le voulez.—Je le veux, répliqua Henri.—Eh bien, reprit Cromwell, vous avez contre vous l'évêque de Rome, vous avez pour vous l'Ecriture, les universités, saint Thomas, le droit et la force. Pourquoi hésitez-vous? Ne vous serait-il pas facile d'être déclaré par votre Parlement chef de l'Église dans votre royaume?—Comment! s'écria Henri; mais le clergé?—Le clergé, répondit Cromwell, est à votre discrétion. Les évêques, tous les jours, prévariquent. Leur serment au pape, à un souverain étranger, est une forfaiture envers leur souverain national.»

Alors Cromwell démontra au roi que le clergé n'était pas à craindre. Il y avait de vieux statuts des règnes d'Édouard III et de Richard II renouvelés sous Henri IV en 1401. Ces statuts de præmunire ou, ce qui serait mieux, de præmonere, défendaient de poursuivre des provisions en cour de Rome ou de déférer aux tribunaux ecclésiastiques des causes séculières sans une autorisation spéciale de la couronne. Les infracteurs du præmunire étaient passibles de la confiscation des biens et de l'emprisonnement.

Or, le clergé tout entier était coupable de la violation de ces bills. «Sans doute, dit Cromwell en se résumant, ils sont tombés en désuétude, mais il faut les faire revivre. »