Henri VIII fut ravi et nomma Cromwell de son conseil privé.

Le nouveau ministre, dans une convocation spéciale (janvier 1531), prouva judaïquement devant le clergé que le clergé vivait en pleine forfaiture. Il cita les lois violées. Le clergé, pour se racheter, vota cent mille livres.

Le Parlement ne fut pas plus récalcitrant. A l'exemple du clergé, il conféra, le même mois et la même année, au roi Henri VIII, le titre de «seul chef de l'Église anglicane.»

Le roi fut oppresseur, le clergé et le Parlement furent timides. Cependant la violence et la peur n'expliquent pas tout. En réalité le gouvernement, les évêques et les Chambres ne s'entendirent si vite que parce que leur foi à tous s'était modifiée.

Le roi et les lords avaient prêté l'oreille aux récits fantastiques des richesses monacales. Le prince qui avait maintenu les traditions contre Luther retirait peu à peu la tête de son nimbe orthodoxe et se courrouçait contre Rome. Il avait reçu bien des confidences d'humanistes et souri à bien des épigrammes d'Anne Boleyn. Il se disait en lui-même et il avouait aux admirateurs de sa science que son infaillibilité valait certes celle du Vatican.

Il ne disconvenait pas qu'il ne fût un autre théologien que tous ces pontifes caducs des bords du Tibre. Ils lui semblaient en comparaison de lui de bien petits cuistres sous la tiare. Les uns avaient été bergers, les autres professeurs, les autres moinillons. Clément VII était un bâtard. Avaient-ils eu le temps ou le goût de s'instruire? Qui, parmi eux, aurait vaincu le docteur de Wittemberg? Parmi eux, qui avait eu l'intelligence d'Aristote, l'intuition de saint Thomas?

Et tandis que le roi, malgré sa modestie, ne pouvait s'empêcher de se rendre cette justice, les nobles, les bourgeois, les prêtres s'enhardissaient contre le joug romain. Tous avaient causé soit avec un protestant, soit avec un philosophe. La raillerie d'Érasme, la véhémence de Luther, l'héroïsme de Zwingle avaient pénétré avec l'air par-dessus l'Océan. Les ouvrages des réformateurs étaient partout, dans les palais, dans les universités, dans les monastères. Cranmer, presque inconnu, amoureux de l'étude et de l'obscurité, s'imbibait comme d'une huile de lutteur des doctrines nouvelles et s'assouplissait au rôle d'initiateur.

Henri VIII, au milieu de tant de fluctuations, n'avait qu'un but: le divorce. Il aurait payé bien cher l'assentiment de Catherine, qui eût tout arrangé. Dès que le clergé et le Parlement lui eurent donné leur adhésion solennelle, il avertit Catherine par des commissaires chargés de la plier aux vœux du roi, des évêques et des lords; mais Catherine fut inflexible. «Que Dieu, dit-elle, donne à Henri le repos de l'âme! Quels que soient les desseins de mes ennemis, quels que soient leurs subterfuges, ils ne pourront faire que je ne sois pas la femme légitime du roi. C'est un pape qui nous a unis; jusqu'à ce qu'un pape nous désunisse, je ne résignerai pas, je soutiendrai au contraire, avec l'aide de mon Sauveur, ma triple dignité de reine, d'épouse et de mère.» Les commissaires n'eurent pas d'autre réponse.

Henri avait estimé Catherine à toutes les époques; mais elle avait peu d'esprit et il s'était ennuyé auprès d'elle. En vieillissant, d'ailleurs, elle lui avait déplu et, en résistant à ses ordres, elle l'avait irrité. Cette dernière obstination de l'appel au pape l'avait endurci contre elle.

Le 13 juillet 1531, il l'exclut de tous ses palais et lui assigna pour résidence le château d'Ampthill. C'est à Windsor qu'il lui notifia cette cruelle déportation. Le duc de Suffolk, grand maître, insinua à Catherine d'Aragon, à ses officiers, à ses filles d'honneur miss Parr et miss Askew, entre autres, qu'il serait séant à Ampthill de substituer les titres d'altesse et de princesse au titre de reine. Catherine releva hautainement ces prescriptions du grand maître. Elle déclara qu'elle ne s'y soumettrait point et qu'elle ne souffrirait pas que personne s'y soumît dans sa maison. Elle partit de Windsor sans sa fille, qui fut confiée à lady Salisbury. Elle s'éloigna des demeures souveraines, ulcérée et indomptable, s'enveloppant dans la pourpre de son droit plus majestueusement que dans le manteau royal dont une maîtresse effrontée se drapait.