Un second bill exigeait l'autorisation royale pour la convocation des synodes et enchaînait à un comité de seize membres laïques et de seize membres ecclésiastiques désignés par Henri VIII l'examen de toutes les constitutions du clergé.
Un autre bill maintenait l'abolition des annates, repoussait la sanction du pape pour la création des évêques, accordait l'omnipotence au roi, sur l'indication duquel un archevêque ou à son défaut quatre évêques donneraient l'investiture.
Un autre bill supprimait le denier de Saint-Pierre et toute intervention de Rome; il accordait au primat, sous le bon plaisir royal, la dispensation des grâces et la solution des affaires.
Enfin, le 20 mars 1534, les sentences de Cranmer furent enregistrées et légalisées par les deux Chambres. La succession fut réglée selon l'inconstance de Henri VIII. Les enfants nés ou à naître d'Anne Boleyn furent déclarés héritiers de la couronne, au préjudice de la princesse Marie, fille de Catherine d'Aragon.
Les lords et les membres des Communes avaient perdu tout respect. Ils ne se gênaient pas. «Le pape, disaient-ils entre eux, n'a pas plus de droits hors de son diocèse de Rome que Gardiner hors de son diocèse de Winchester, ou Longland hors de son diocèse de Lincoln.—Il vaut mille fois mieux, s'écriait Cranmer en plein chapitre de Cantorbéry, que nos évêques remontent au Parlement plutôt qu'aux apôtres. La tradition en ferait des instruments dociles d'un prince étranger; la loi en fera des citoyens.»
Le schisme fut ainsi irrévocablement consommé, aux acclamations du peuple qui alluma des feux partout, et aux applaudissements de l'épiscopat qui venait en foule échanger ses bulles romaines d'institution contre des bulles royales.
Skelton, le moine en orgie comme notre Rabelais, avait été le précurseur burlesque, cynique et bachique du schisme anglais. Il était savant, railleur, perpétuellement insurgé contre son couvent et contre le pape. Il avait été le maître de quelques-uns des réformateurs, et, on ne l'a point oublié, le précepteur, l'amuseur de Henri VIII. Il chantait au roi et à la nation le sensualisme, la bombance et le plaisir. Il sonnait la charge contre le clergé. Sa verve était intarissable, sa jactance indomptable; ses petits vers, saccadés, aigus, retentissants, partaient comme d'une fronde et pleuvaient comme des cailloux. Toutes ses diatribes sont en vers. Il est un pamphlétaire ailé. Il avait le sentiment de sa popularité. «Ma rime est en haillons, et avec cela elle est une reine,» vociférait-il à table, entre des brocs de bière écumeuse.
Ce moine poëte allait au cœur de Henri VIII par une familiarité ancienne. Gloutonnerie, volupté, fureurs moqueuses contre les cathédrales, les couvents, les cardinaux et le pape, le roi riait de tout cela, aux accents rhythmiques de Skelton. Skelton fut le diffamateur de Wolsey et de l'Église romaine que Henri VIII frappa et sapa tour à tour. Skelton était le bourreau de plume du roi, un bourreau de plume aussi terrible que son bourreau de hache.
J'appuie à dessein sur l'influence occulte de Skelton, qui paraissait méprisé et qui était écouté. Sans conspiration, par une entente instinctive, le moine, mort en 1529 et peu regretté, avait préparé de longue main le roi et le peuple au schisme. Jamais ni Anne Boleyn, ni Cromwell, ni Cranmer, ni le clergé national ne surent ce qu'ils devaient à la primitive action de Skelton sur Henri VIII.
Le schisme fut plus qu'un grand moment en Angleterre, ce fut une date, la date la plus mémorable de l'île.