Morus avait désapprouvé le mariage d'Anne Boleyn avec le roi.
Il avait dénié à son souverain le titre de chef suprême de l'Église.
Il avait encouragé Fisher dans son opposition.
Il s'était défendu par les mêmes arguments que l'évêque de Rochester, ce qui prouvait entre eux une complicité de conspirateurs.
Le prévenu répondit sur le premier chef qu'il s'était borné à donner un conseil au monarque, et que ce conseil était non-seulement son droit, mais son devoir.
Sur le second chef, il affirma que son crime unique était son silence et que jusqu'à présent aucune loi n'avait fait du silence une trahison.
Quant aux deux derniers chefs, il les repoussa avec une énergique dénégation, et il défia le solliciteur général de les démontrer par le moindre document.
Sir Thomas Morus parla plusieurs fois avec une supériorité de raison, un accent de vertu et une adresse d'éloquence incomparables. Mais il était condamné d'avance. Il ne pouvait être absous qu'au prix du serment de suprématie, et ce serment il le refusa. Comme Fisher, il admettait bien le nouvel ordre de succession; ce qu'il n'admettait pas, sans le blâmer pourtant si ce n'est par réticence, c'était le divorce du roi et son usurpation de la papauté. Chose remarquable! Morus dans ces débats où il déploya tant de logique et tant de magnanimité, ne manqua jamais, à travers ses audaces de héros, à la prudence du jurisconsulte.
Il ne se dédommagea de sa contrainte qu'après sa condamnation.
«Milords, s'écria-t-il, votre arrêt me délie la langue. Je puis maintenant, sans encourir le reproche de témérité, caractériser le statut et le serment de suprématie. Ce statut et ce serment sont iniques.»