La Réforme menacée en même temps qu'Anne Boleyn.—État du protestantisme en Angleterre.—Rumeurs contre la reine.—La vicomtesse de Rochefort.—Dénonciation.—Le vicomte de Rochefort.—Norris, Brereton, Weston.—Mark Smeaton.—Joutes de Greenwich.—Explosion de Henri VIII.—La reine, prisonnière à Greenwich, puis à la Tour.—La vicomtesse de Rochefort espionne après avoir calomnié.—Lettre d'Anne à Henri.—Le vicomte de Rochefort, Norris, Brereton, Weston décapités.—Mark Smeaton pendu.—Jugement de la reine.—Incidents de la Tour.—Le Bourreau de Calais.—Lettre de Kingston.—Marie Wyatt.—Lettre de la reine.—Son exécution.—Ses juges.— L'un d'eux, son oncle Norfolk; l'autre, le comte de Wiltshire, son père.—Conduite de tous les Boleyn avec Henri VIII.—Élisabeth, solution du problème.—Mariage du roi et de Jeanne Seymour.—Portrait de Jeanne.—Portrait de Henri.

Le protestantisme était moins menacé qu'Anne Boleyn. Toutefois c'est sur une pente glissante qu'il se débattait. La reine d'ailleurs, qui avait toujours soutenu le drapeau de la réforme, allait lui manquer.

Les idées nouvelles comptaient des amis et des ennemis. Il y avait un parti conservateur qui réprimait tout mouvement progressif et qui se flattait même d'une réconciliation avec Rome. Un autre parti se recrutait contre le pape et poussait la théologie anglaise vers les hardiesses de l'Allemagne. Les chefs de la première faction étaient Gardiner évêque de Winchester, Stokesley évêque de Londres, et Lee archevêque d'York. La seconde faction obéissait à des chefs non moins éminents, à Cranmer archevêque de Cantorbéry, à Latimer évêque de Worcester et à Fox évêque de Hereford. Les deux antagonistes dirigeants de ces sectes hostiles étaient Gardiner et Cranmer. Ils s'appuyaient sur des hommes d'État laïques, Gardiner sur le duc de Norfolk, Cranmer sur Cromwell. La reine Anne Boleyn était avec les protestants. Elle avait été leur auxiliaire, leur héroïne et elle continuait d'incliner Henri VIII dans le sens de l'avenir.

Les catholiques étaient frémissants. Ils attendaient l'occasion et ils la préparaient. Malveillants pour la reine, ils semaient les calomnies autour d'elle. La reine était la complice de ses ennemis. Elle se montrait légère, imprudente. Elle se compromettait avec enjouement, sans crainte et sans prévoyance. Tout alla bien jusqu'à l'amour du roi pour Jeanne Seymour. Mais dès lors le thermomètre de la cour changea.

Les protestants eurent de sérieuses inquiétudes, les catholiques, une ardente espérance. Henri VIII était enivré d'une jeune passion. Il aimait éperdument. Depuis qu'il était pape, il ne pouvait plus avoir une maîtresse. Sa maîtresse devait être sa femme légitime. Henri était logique. Il avait une conscience délicate. Il était la proie de tous les scrupules. Le duc de Norfolk et tous les partisans de Rome en avaient pitié. Il n'y avait qu'un moyen de le secourir, c'était de le délivrer de la reine Anne.

Le feu s'ouvrit contre elle.

Lady Marguerite, vicomtesse de Rochefort, se plaignit au roi d'avoir aperçu à l'improviste son mari, le propre frère d'Anne Boleyn, penché sur l'oreiller de la reine dans une attitude suspecte. A peu d'intervalles, d'autres dénonciations accablèrent Anne Boleyn, et non-seulement le vicomte de Rochefort, mais un musicien de la chapelle de la reine, mais Brereton et Weston, des pages, mais Norris, un favori du roi. Des créatures de Gardiner, de Norfolk et de Rome répétaient ces noms à Henri et autour de Henri. Lui, tout blessé qu'il fût de ces aveux, il les encourageait. Il les soudoya même. Il posa et fit poser des trappes sous les sentiers de la reine. Quand il avait tendu les piéges, il jetait de la poussière sur ses propres pas pour les dérober. Ce qu'il y a d'indubitable, c'est que les espions de la reine et ses délateurs étaient tous des partisans du pape ou des courtisans du roi.

Henri dissimulait, se réservant d'éclater à propos. Ses fureurs s'ébruitaient cependant. L'effroi se respirait comme l'air. Le 1er mai 1536, il y eut des joutes à Greenwich. Les principaux tenants étaient le vicomte de Rochefort et Norris. Le roi et la reine regardaient de leur balcon. Or, dans un des repos du combat, la reine laissa tomber son mouchoir. L'un des adversaires, on ne sait pas lequel, ramassa le mouchoir et s'en essuya la sueur du visage. Soudain le roi se leva. Les joutes furent interrompues. La reine ayant voulu accompagner Henri, d'un geste farouche il la fixa où elle était, lui intimant de ne pas quitter Greenwich sans son commandement.

Il descendit le grand escalier du château s'élança à cheval et partit pour Whitehall avec six gentilshommes. Norris en était un. Le roi, ayant ralenti sa course et s'approchant de lui, mit un espace entre eux et les autres gentilshommes de son escorte. Il avait du goût pour ce favori. Il le pressa de dire la vérité et de ne pas justifier la reine. A ce prix, il aurait son pardon. Mais Norris, sans être tenté une minute et sans hésiter, jura qu'il n'était pas coupable et que la reine était innocente.

Henri, qui avait fait arrêter le vicomte de Rochefort en partant de Greenwich, fit arrêter Norris en arrivant à Whitehall. Weston, Brereton et Mark-Smeaton furent arrêtés aussi dans la soirée.