Le même coup de canon soulagea Henri VIII en l'affranchissant. De la forêt d'Epping, où il chassait, le roi prêta l'oreille à la commotion lointaine. «Tout est fini,» dit-il, et il continua de chasser. Le soir, il soupa de grand appétit.

Le lendemain, 20 mai 1536, Henri épousait Jeanne Seymour dans l'église de Tottingham. A cette distance de vingt-quatre heures entre un billot et un autel, il était tout habillé de blanc pour cette fête du mariage.

Sire John Russel décrit avec complaisance l'auguste couple. Nous préférons à la plume du courtisan le pinceau d'Holbein, et ce sont les toiles du grand artiste que nous essayerons d'interpréter par la parole.

Catherine d'Aragon était morte à quarante-huit ans au château de Kimbolton. Anne Boleyn avait été décapitée à trente ans dans l'intérieur de la tour de Londres.

Jeanne Seymour, dont la naissance n'a pas de date exactement fixée, était à peu près de l'âge de la princesse Marie, et pouvait avoir, à l'époque de ses noces, une vingtaine d'années. Henri VIII avait quarante-cinq ans.

Il profanait d'un regard hardi et curieux les teintes de pêche du visage de Jeanne et les ondes dorées de ses cheveux. Sous ce regard impatient, la belle fiancée baissait modestement ses yeux bleus voilés par de longs cils.

La figure de Jeanne (crayons de Windsor) est d'un ovale exquis, la peau d'une délicatesse diaphane. Les joues sont fraîches et vermeilles, d'un velouté éclatant, d'un jeune duvet. Le nez est aquilin. Les sourcils sont d'un dessin léger. Les prunelles vives, pures, suaves, brillent dans leurs orbites de saphir d'une lueur vacillante et sont timides comme les pupilles du faon. La bouche virginale voudrait parler, mais elle n'ose. Un effroi secret erre sur ces lèvres écarlates. Jeanne voit-elle la hache entre elle et le roi? Craint-elle d'interroger celui qui promet le trône et qui donne la mort?

Voilà cette incomparable Seymour dont Anne Boleyn fut si jalouse.

Voici maintenant Henri Tudor.

Le temps l'avait touché de sa main pesante. Il était beau encore, et, bien qu'alourdi, il n'était pas pétrifié. Il avait sous les plumes de sa toque où les deux roses s'entrelaçaient réconciliées, l'aspect imposant, blasé, vitreux et farouche d'un empereur romain.