CHAPITRE VIII.

Paul III dédaigné par Henri Tudor.—La princesse Marie domptée.—Jeanne Seymour et les deux filles du roi.—Acte du parlement sur la succession à la couronne.—La jeune reine console Henri VIII de la mort du duc de Richmond et de la révolte du Nord.—Naissance d'Édouard.—Mort de Jeanne Seymour.—La duchesse de Longueville, mère de Marie Stuart.—Les couvents.—Leurs superstitions, leurs fraudes.—Henri VIII les dépouille et les disperse.—Il vole jusqu'aux morts.—Thomas Becket.—Le roi maintient son schisme entre le pape et Luther.—Ce schisme, une arme terrible avec laquelle Henri tue à droite et à gauche.—Cranmer et la Bible.—Lambert, son opposition, son supplice.—Lettre de Paul III.—Le cardinal Reginald Polus.—Ses frères, sa mère.—Les six articles.—Courage de Cranmer.—Norfolk.—Gardiner.—Son portrait.—Catherine Howard.—Cromwell et Cranmer.—La princesse de Clèves.—Son portrait.—Hans Holbein.—Quatrième mariage du roi.—Les courtisans et les évêques.—Répudiation de la princesse de Clèves.—Disgrâce et exécution de Cromwell.—Amour du roi pour Catherine Howard.—Elle promet à son oncle, le duc de Norfolk, son intervention pour le pape auprès de Henri VIII.

A la mort d'Anne Boleyn, Paul III avait recommencé à espérer. Au lieu de lancer contre Henri la bulle d'excommunication qui dormait au Vatican, il lui envoya des messages d'adulation que le roi dédaigna.

Il fut inflexible aussi pour sa fille Marie, à moins qu'elle ne se soumît entièrement. Elle lui écrivit plusieurs fois par l'intermédiaire de Cromwell et finit par désarmer son père aux trois conditions qu'il exigea impérieusement. Elle le reconnut, lui Henri Tudor, pour le seul chef de l'Église. Elle relégua le pape au rang de simple évêque de Rome, et, chose plus impie! elle consentit à déclarer que sa mère Catherine d'Aragon n'avait été qu'une concubine, puisque le premier mariage du roi était incestueux. A ce prix, la princesse Marie rentra en grâce et Jeanne Seymour l'accueillit en sœur. La reine fut plus tendre encore pour la petite Élisabeth si tragiquement orpheline, et auprès de laquelle il lui semblait qu'elle devait remplacer Anne Boleyn.

Le roi lui-même traitait bien ses filles, tout en les flétrissant de bâtardise, et en assurant par un acte du Parlement la couronne aux enfants de Jeanne Seymour ou de toute autre femme qu'il pourrait épouser. Dans sa servilité plus que dans sa politique, le Parlement prévoyant le cas où le roi n'aurait pas de postérité, l'investit du droit de se choisir un héritier ou une héritière par testament.

La jeune reine se laissait conduire de résidence en résidence. Elle tenait successivement sa cour dans tous ces palais où elle obéissait autrefois, où elle commandait maintenant. Le roi la promenait à cheval dans ses forêts féodales, ou en bateau sur la Tamise, le fleuve de presque toutes ses demeures. Jeanne Seymour était une perpétuelle et charmante distraction pour Henri, très-éprouvé alors par la mort de son fils naturel le duc de Richmond qu'il adorait, et par les troubles qui agitèrent le nord du royaume. Dans ses douleurs et dans ses ennuis, Henri redoublait de passion pour Jeanne. Il était de complexion amoureuse, et malgré l'embonpoint, malgré un ulcère dont il était affligé, malgré les soins du règne et de l'Église, il se livrait en jeune homme au plaisir en y mêlant étrangement les élans d'une sensibilité hypocrite et les arguties d'une casuistique barbare. Il oublia peu à peu le duc Richmond, et il pacifia l'insurrection des paysans et des seigneurs soulevés par les moines contre sa suprématie.

Tandis que les révoltés, qui s'étaient confiés aux diplomates du roi, étaient pendus ou décapités par ses bourreaux, la reine Jeanne Seymour, après seize mois de mariage, accoucha d'un fils auquel Henri donna le nom d'Édouard (12 octobre 1537). Le roi était transporté d'aise. Il ne se possédait pas. Il répandait à poignées les grâces autour de lui. Il créa comte d'Hertford sir Édouard Seymour, le frère aîné de la reine, qu'il avait déjà fait lord Beauchamp. Sir John Russel devint lord Russel, sir William Fitz Williams, comte de Southampton, et sir William Paulet, lord St John.