Le roi proclama son fils Édouard prince de Galles. Ce fils n'était pas d'une maîtresse comme le duc de Richmond qu'il avait pleuré; non, il était de la reine. Il avait perdu un bâtard et il retrouvait un successeur légitime, à l'abri de toute attaque. Il avait donc enfin un autre lui-même à qui il pourrait léguer le trône. Cette main d'Édouard saisirait son sceptre, cette tête ceindrait sa tiare. Sa dynastie se perpétuerait de mâle en mâle dans les siècles. Quelle perspective éclatante!

Elle fut obscurcie tout à coup par un malheur. La reine Jeanne mourut quelques jours après ses couches (24 octobre). Le roi fut navré. François Ier l'ayant complimenté de la naissance d'Édouard, Henri le remercia comme père en gémissant comme époux.

«La Providence, écrivit-il à son frère de Fontainebleau, a meslé cette grande joye avec l'amaritude du trépas de celle à qui je devais ce bonheur.»

Henri, du reste, ne tarda point à se résigner. Un fils lui eut semblé plus irréparable qu'une femme.

Dès le mois de novembre, après quelques semaines de deuil, il demanda la duchesse douairière de Longueville, Marie de Lorraine, qui fut la mère de Marie Stuart. La duchesse, au grand étonnement de Henri VIII, le refusa. Elle préféra sans hésiter à ce Tudor vieux et implacable le jeune et chevaleresque Jacques V. Henri fut si surpris et tellement offensé du choix de Marie de Lorraine, qu'il lui interdit de débarquer à Douvres et de traverser l'Angleterre pour se rendre en Écosse.

Il passa sur les couvents sa mauvaise humeur.

Il avait obtenu du Parlement de 1536 la propriété de tous les biens meubles et immeubles des abbayes. Il acheva son œuvre. Il avait dissous les petits monastères, il dispersa les grands.

C'était un admirable plan, s'il l'eût exécuté avec tous les dédommagements aux moines et tous les tempéraments que Cranmer lui conseillait. Mais la spoliation des établissements de main morte qu'il aurait justifiée par l'équité, il l'envenima par la dérision et par la violence.

Les prétextes ne lui manquaient pas. Il les exploita très-habilement et très-âprement. Les mœurs des couvents étaient dissolues, leurs entreprises sur l'héritage des familles incessantes.