Le duc de Norfolk s'empara de toute l'influence de Cromwell sur Henri. Gardiner l'excitait. Tous deux regrettaient le schisme et se proposaient de l'user dans une évolution vers le Vatican. Cranmer et la Réforme se turent. Une ennemie plus dangereuse que Gardiner et Norfolk les menaçait. Cette ennemie était une jeune fille d'un aspect plus adolescent encore que son âge. Elle avait dix-huit ans et n'en paraissait pas plus de quatorze. Son père était Edmond Howard. Orpheline de bonne heure, elle avait été élevée par sa grand'mère, la douairière de Norfolk. Elle s'occupait fort peu de théologie et ne se souciait guère plus du catholicisme que du protestantisme, mais elle avait promis au duc de Norfolk de faire une rude campagne pour le pape. Il était digne d'une patricienne de combattre au profit de la tradition. C'était le sentiment du vieux duc et Catherine le partageait. Il lui semblait charmant surtout d'être reine, et, tout en s'amusant, de mener le roi et le royaume.
CHAPITRE IX.
Cinquième mariage du roi.—Catherine Howard.—Son portrait.—Illusion de Henri VIII.—Dénonciation de Lassels.—Lettre de Cranmer au roi.—Procès de la reine.—Son courage, sa mort.—Supplice de lady Rochefort.—Le catholicisme perd en Catherine Howard sa meilleure espérance.—Cranmer.—Affection de Henri VIII pour son primat.—Le roi épouse Catherine Parr, sa sixième femme.—Elle est calviniste.—Le danger de sa théologie avec Henri.—Comment elle se sauve.—Jane Grey à Bradgate.—La forêt de Charnwood.—Légende sur lord Thomas Grey.—Tendresse de la reine pour Jane.—Arrivée de la princesse à la cour.—Derniers mois de Henri VIII.—Le comte de Surrey.—Son portrait.—Prison de Norfolk.—Mort du roi et délivrance du duc.—Henri VIII.
Catherine Howard avait ensorcelé Henri VIII. Selon son habitude, il l'avait épousée un peu trop tôt. Il allait vite en passion. Dès le 8 août 1540, quelques semaines après son divorce avec Anne de Clèves et le trépas de Cromwell, le roi déclara son nouveau mariage. Alourdi d'embonpoint, rongé d'un ulcère à la jambe gauche, il se réveilla tout à coup de ses défaillances. Catherine l'avait ressuscité. Il ne la quittait presque pas. Il prodiguait pour elle les fêtes, les galas, les bals, les voyages. Lui qu'une lèpre dévorait, il s'habillait de damas, il se coiffait de plumes, il se parait de diamants. Il se faisait beau à merveille. Car il se croyait aimé non comme roi, mais comme homme, aimé pour lui-même. Catherine le lui persuadait, elle le flattait, le caressait, l'enchantait, l'exaltait, le rendait insensé. Elle avait une expérience précoce et des ardeurs impétueuses. Elle déployait des ressources et des témérités de courtisane.
Son caractère avait un tour unique de nonchalance et de pétulance. Elle semblait endormie et elle éclatait soudain de coquetterie et de résolution. Aimable, gaie, entreprenante, elle avait parfois des langueurs redoutables. Elle était un composé de pavots et de salpêtre dont les infiltrations se succédaient en elle pour assoupir ou pour illuminer ses heures. Elle avait un instinct de débauche, un esprit frivole, lorsqu'il n'était pas diabolique, un tempérament d'imagination autant que de sens et de volupté. Elle était partout un souffle de vie. Elle électrisait les promenades, la table, la musique, les danses, les comédies, jusqu'à l'étiquette. Elle était héroïque aux rendez-vous de galanterie. Elle avait alors une bravoure de champ clos. Elle était folle de son âme et de son corps.
Holbein ici, selon sa coutume, achève l'histoire d'un coup de pinceau. Il a laissé un délicieux portrait de Catherine Howard.