—Avant cela, s'écria le marquis de Dorset, je t'aurai creusé une fosse dans ce carrefour. Tu mens par la gorge en attaquant la jeune fille. Sur mon honneur, elle est aussi sage que belle, et ce n'est pas moi, c'est un de mes archers qu'elle aime.»
En achevant ces mots, le marquis s'apprêtait à fondre l'épée au poing sur le chevalier.
«Saint-George!» s'écria-t-il en enfonçant ses éperons dans les flancs de son cheval.
Mais le bon cheval ne bougea pas et l'épée du marquis ne sortit pas du fourreau. C'est que par une autre route du carrefour un autre chevalier s'élançait sur l'étranger et le renversait d'un coup flamboyant.
Le vaincu ne se releva point. Seulement il se dissipa en cendres, en soufre et en fumée.
«Par le ciel! qui êtes-vous donc? demanda le marquis de Dorset.
—Je suis saint George, le patron de l'Angleterre et le protecteur de ta maison, reprit le chevalier inconnu. Mon fils, je suis venu à ton invocation. Cet homme que j'ai terrassé n'était pas un homme, c'était Satan lui-même. Il te tentait. Il cherchait à exciter ta passion pour une de tes vassales que tu cherchais à corrompre. Elle est si honnête qu'elle mérite au contraire tous tes bienfaits.» Et le saint disparut.
Le marquis de Dorset fit un signe de croix et rentra tout rêveur au château. Il ne ferma pas l'œil, et sa nuit ne fut qu'une insomnie.
Il sauta de son lit dès l'aube et il s'en alla chez son vassal. Il appela doucement la fille du fermier et ne lui parla pas d'amour comme il avait fait plusieurs fois à mauvaise intention. Il s'informa auprès d'elle et sérieusement de celui qu'elle préférait pour mari, ce qu'elle avoua en rougissant. Le marquis de Dorset aplanit toutes les difficultés en dotant la vierge de Bradgate, et la noce se fit gaiement dans le mois.
Jane Grey n'implorait plus saint George ni les autres saints: elle n'implorait que Dieu. Elle n'en aimait pas moins la forêt de Charnwood.