La cour, d'abord inquiète de la hardiesse et de la retraite de Knox, ne tarda pas à s'étourdir dans les plaisirs.

LIVRE VII.

Marie se déplaît à Édimbourg. — Elle se rend à Seaton malgré son deuil. — La cour continue de se livrer à tous les plaisirs. — Malveillance des ministres presbytériens. — Marie Stuart se compromet de plus en plus. — Douleur de la comtesse de Lennox. — Le comte de Lennox accuse Bothwell. — Partialité scandaleuse de Marie. — Procès de Bothwell. — Acquittement. — Enlèvement de la reine. — Bothwell la conduit au château de Dunbar. — Revenue à Édimbourg, elle déclare qu'elle pardonne à Bothwell. — Elle le crée duc d'Orkney. — Elle se décide à l'épouser. — Soulèvement de l'Écosse. — Lords confédérés. — Rencontre de leur armée et de celle de la reine à Carberry-Hill. — Cartel de Bothwell. — Sa fuite à Dunbar. — Marie prisonnière. — Insultes de l'armée et du peuple. — Marie conduite à Lochleven. — Captivité. — Le comte de Murray régent. — Bothwell au château de Malmoë. — George Douglas. — Le petit Douglas. — Évasion de la reine. — Guerre civile. — Bataille de Langside.

Marie n'eut pas la constance de rester enfermée quarante jours dans son palais tendu de noir, sans autre lumière que celle d'un flambeau, selon le cérémonial des reines d'Écosse devenues veuves. Dès la première soirée elle fit ouvrir ses fenêtres, et dès la seconde semaine elle s'en alla à Seaton, château du lord de ce nom. Bothwell l'y accompagna avec l'archevêque de Saint-André, les comtes d'Argill, de Huntly et de Lethington. Il n'y eut qu'un cri à Édimbourg. L'ambassadeur de France courut sur les traces de la reine et la fit revenir à Holyrood.

Mais elle s'y ennuya et s'y déplut au milieu de tous ces citadins ennemis. Elle retourna bientôt à Seaton avec la cour. On y mena joyeuse vie. Ce ne furent que chasses aux faucons, tirs à l'arbalète, amusements de toute espèce, soupers exquis mêlés de chants, de musique, de vins de France. Ces soupers se prolongeaient bien avant dans la nuit. Les ministres que Knox avait laissés à Édimbourg, et que son âme agitait de loin, comme la tempête agite les arbres, exagéraient encore dans leurs récits ce qui se passait à Seaton. Ils disaient que la cour se plongeait de plus en plus dans toutes les voluptés et dans toutes les ivresses. Ils racontaient des excursions amoureuses de la reine sur les brigantins de Guillaume et d'Edmond Blakater, de Léonard Robertson et de Thomas Dikson, pirates dévoués à Bothwell, avec qui elle s'embarquait sans souci de l'opinion de son peuple et des jugements de Dieu. Ils ajoutaient tout bas, et les cheveux se dressaient sur toutes les têtes, comment l'appartement de Bothwell communiquait, par un escalier dérobé, à l'appartement de Marie, et quelles nuits de débauche terminaient des journées de délices.

Ces récits, quelquefois vrais, souvent faux ou exagérés, ulcéraient les cœurs et ameutaient les haines populaires contre Marie.

Elle semblait du reste chercher toutes les occasions de se nuire à elle-même.

Elle n'avait pas craint de voir le cadavre de celui qui fut son époux et qui l'avait tant aimée. Le mort, selon la superstition du moyen âge, ne tressaillit pas et ne vomit pas l'écume, ainsi qu'il arriva lorsque Richard Cœur de lion, après sa révolte, vint s'agenouiller au tombeau de son père. Non, Marie put regarder froidement le pâle Darnley, il demeura immobile ; mais toute conscience murmura contre la reine. Elle ne manifesta ni douleur, ni plaisir. Elle fit enterrer Darnley sans pompe près de Riccio, comme si elle eût voulu donner satisfaction à son favori, en lui envoyant pour compagnon silencieux le prince qui avait été son assassin.

Le crime de Bothwell et de ses complices remplit l'Écosse d'effroi et d'indignation. L'Europe même s'émut. Elle s'efforça de séparer la cause de Marie de celle du meurtrier. Mais Marie ne le permit pas. Après avoir immolé son honneur et sa conscience à celui qu'elle aimait, elle lui sacrifia sa renommée. C'était le démon du Midi transporté dans le Nord, Astarté avec toutes ses ardeurs et tous ses philtres sous les lambris féodaux d'Holyrood.

La comtesse de Lennox expiait à la Tour de Londres le mariage de son fils. C'est là qu'elle reçut l'affreuse nouvelle. Son cœur faillit se briser. Il existe encore une lettre de Cecil à sir Henry Norris, dans laquelle est retracée au vif cette grande douleur maternelle.