De retour en Écosse, il se distingua contre les Anglais dans les guerres des Marches. Il vainquit un jour en combat singulier le frère du comte de Rivers à la vue des deux armées, qui suspendirent leurs opérations pour assister à ce grand duel. Il fut l'idole de cette nation mobile et belliqueuse de maraudeurs qui, de la rive écossaise, grondait plus haut que la Tweed contre la rive fertile de la vieille Angleterre, sans pouvoir jamais ni la respecter ni la conquérir. Il devint le chef épique du Border, l'effroi de Berwick, l'Achille chrétien de cette Iliade féodale et continue des frontières.
Tel était de Grange, désintéressé, brave entre tous, adoré des soldats et de l'Écosse, honoré des princes et des peuples du continent.
Le malheur de Marie Stuart fut de rencontrer toujours au-dessus de sa vie une idée sérieuse, impitoyable, et dans sa vie, des hommes de fer et de foi. Nulle séduction ne pouvait assouplir cette idée ni apprivoiser ces hommes. Le fanatisme des uns devait heurter le fanatisme des autres, et faire éclore la guerre civile. Il est vrai que la guerre civile participait de la grandeur des deux causes qui luttaient avec tant d'héroïsme et de férocité. Quelque chose de chevaleresque parmi les partisans de la reine, et je ne sais quoi d'inspiré chez les enthousiastes de la réforme, communiquaient à ces guerres un aspect imposant et sacré! Plusieurs combattaient pour des intérêts privés, et l'ambition n'était pas étrangère aux patriciens ; mais les masses combattaient pour l'Évangile, et leur dévouement était sincère comme leur conviction. En Écosse, aussi bien qu'en Allemagne et en France, Dieu était au fond du cœur et du sang de ce siècle, dont c'est là l'impérissable gloire, la sombre sublimité. Temps héroïques et religieux, à envier encore plus qu'à plaindre, où chaque homme vivait et mourait pour sa vérité! La guerre civile est cruelle, elle est le déchirement de toutes les affections de la famille et de la patrie ; mais sa beauté, dans ces grandes époques dont j'écris une faible page, c'est d'être électrique comme la conscience et sainte comme le sacrifice.
Où trouver un plus noble appel que celui des seigneurs écossais à leurs clans des montagnes et à leurs amis de la plaine? « Lindsey vous salue, Morish-Thomas Chattan ; Lindsey vous requiert, au nom du ciel, de prendre les armes avec luy pour votre Église et vos droits. »
Voilà les rudes ennemis que Marie, cette princesse coupable, cette femme charmante, avait à combattre. Un frisson de peur glaça la présomption de Bothwell et la témérité étourdie de la reine.
Les lords confédérés réunirent plus de trois mille hommes sous leurs bannières. Leur prise d'armes fut si soudaine et ils entrèrent si vite en campagne, qu'ils faillirent surprendre Bothwell et la reine au milieu d'une fête que le comte de Borthwick leur donnait dans son château. Lord Hume qui, le premier, s'était lancé en avant avec ses vassaux, n'eut pas assez de troupes pour investir toutes les issues du château, et Bothwell, déguisé en ministre presbytérien, put s'échapper avec la reine qui avait revêtu des habits de page. Ils se réfugièrent à Dunbar, où ils assemblèrent précipitamment une armée. La reine ne voulut pas attendre les Hamilton qui lui amenaient un puissant secours. Accoutumée aux promptes expéditions, et trop confiante dans ses troupes, elle marcha résolument à la rencontre des confédérés qui s'avancèrent de leur côté sans hésitation.
Les deux armées, à peu près égales en nombre, étaient en présence, le 15 juin 1567, à Carberry-Hill. Un ruisseau torrentueux les séparait.
Les soldats des lords confédérés brûlaient du plus ardent fanatisme, et ils appelaient le combat comme le jugement de Dieu. Les soldats venus de Dunbar, entraînés par leurs seigneurs, avaient voué leurs bras à la reine, mais leurs cœurs étaient contre elle.
Le comte de Bothwell ayant frappé de son gantelet un montagnard attardé, le highlander furieux lui lança une malédiction dans son dialecte, et se perdit au milieu des hommes de son clan. Bothwell, irrité, tira sa dague, et, ne découvrant pas l'insolent confondu dans une troupe nombreuse, il se blessa à la main gauche en remettant trop vivement la lame dans le fourreau. Son sang coula, et, quoique le comte feignît de ne point s'en apercevoir, cette circonstance ne parut pas de bon augure.
D'autres symptômes alarmants d'indiscipline se manifestèrent. Bothwell, dit du Croc, qui chercha à jouer le rôle de conciliateur entre les deux partis sur le champ de bataille, Bothwell « avoyt trois pièces de campagne. Il n'avoyt un seigneur de nom, et ne se pouvoyt asseurer de la moytié des siens. Et toutefois il ne s'estonna point. Et fault que je dise que je vis un grand cappitaine parler de grande asseurance, et qui conduisoit son armée galliardement et sagement. Je m'y amusai assez longtemps, et jugeai qu'il auroyt du meilleur si ses gens luy estoient fidelles. »