« La reine d'Écosse est en bonne santé dans le château de Lochleven, gardée par le lord Lindsey, et Lochleven, propriétaire de ce lieu. Le lord Ruthven a été employé à une autre commission, parce qu'il commençoit à montrer beaucoup d'attachement pour la reine, et qu'il lui donnoit avis de ce qui se passoit. Elle est accompagnée de cinq ou six dames et de deux femmes de chambre, dont l'une est Françoise. Le comte de Buchan et le frère du comte de Murray ont aussi la liberté de la voir autant qu'ils le veulent. Les lords qui l'ont en garde la tiennent fort étroitement resserrée, et, autant que je puis l'apercevoir, la rigueur est exercée, parce que la reine ne veut point, à quelque prix que ce soit, donner l'ordre de poursuivre le meurtrier, ni acquiescer, quelque chose qu'on puisse lui représenter, à abandonner Bothwell et à le renier pour son mari ; qu'elle déclare constamment qu'elle veut vivre et mourir avec lui ; qu'elle dit que, s'il était à son choix d'abandonner la couronne et son royaume ou le lord Bothwell, elle abandonnerait son royaume et la couronne pour vivre avec lui, et qu'elle ne consentira jamais qu'il éprouve de mauvais traitements ni qu'il ait plus de mal qu'elle-même.

« … La principale cause de la détention de la reine vient de ce que les lords voient cette vive affection de sa Grâce pour Bothwell dans l'état où elle est actuellement, et qu'ils seroient obligés d'être continuellement sous les armes.

« Les lords pensent aussi que le divorce présente, à beaucoup d'égards, les mêmes inconvénients auxquels le mariage a déjà donné lieu, et qu'une séparation seroit impossible, si la reine étoit en liberté et si elle avoit en main le pouvoir.

« … Les plus marquants des lords qui sont ici seroient, à ce que je crois, portés à prendre les voies de douceur à l'égard de sa Grâce ; mais ils craignent la rage du peuple. Les femmes sont les plus effrontées et les plus furieuses contre la reine ; cependant les hommes, de leur côté, sont assez fous pour qu'un étranger qui voudroit trop s'en mêler pût, en un moment, devenir victime.

« … Knox n'est point à Édimbourg, il est dans la partie occidentale. Lui et les autres ministres doivent se rendre ici à la grande assemblée. Je crains la sévérité de cet homme pour la reine, autant que celle de qui que ce soit. »

Le 18 juillet, Trokmorton écrivait encore à Élisabeth :

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« J'ai les moyens de lui faire savoir (à Marie Stuart) que Votre Majesté m'a envoyé ici pour la secourir.

« J'ai essayé aussi de lui persuader de se prêter à ce qu'on exigeoit d'elle ; savoir, de ne plus regarder Bothwell comme son mari, et d'obtempérer au divorce entre eux. Elle m'a fait dire qu'elle n'y adhéreroit jamais, et qu'elle aimeroit mieux mourir. Elle se fonde sur cette raison qu'elle se croit grosse de six semaines, et qu'en renonçant à Bothwell elle se reconnoîtroit grosse d'un bâtard et avoir forfait à son honneur ; ce qu'elle ne voudroit jamais faire au péril de sa vie.

« M. Knox est arrivé. J'ai eu quelques conversations avec lui, ainsi qu'avec M. Craig, l'autre ministre de cette ville.