Elle n'oublia rien pour porter au comble le dévouement de son parti. Elle redoubla de séduction, de grâce et d'entraînement. Elle paraissait quelquefois inopinément à la fin des repas. Des toasts bruyants l'accueillaient. Les coupes s'entre-choquaient pour elle, et les lords buvaient à la prospérité de l'Écosse et de Marie.

Un jour, au dessert, s'aidant d'un de ces symboles familiers au génie des peuples du Nord, elle apporta elle-même un mets couvert qu'elle présenta à ses hôtes, et qu'elle déclara avoir préparé de ses royales mains. Chacun attendit avec impatience. La reine alors découvrit le plat sur lequel brillait une paire d'éperons. Un enthousiasme subit électrisa les convives, qui saluèrent la reine de vivat répétés, et qui, en signe d'adhésion, poussant leurs cris de guerre, jurèrent tous de monter à cheval et de vaincre ou de mourir pour Marie Stuart.

Elle se trouva bientôt après son évasion à la tête d'une armée de six mille hommes. Elle consuma du temps en négociations avec Murray. Elle se souvenait de Carberry-Hill, la journée qui lui avait enlevé le trône, Bothwell et la liberté. Elle se méfiait du jeu des batailles. Elle n'était pas heureuse, et elle craignait de perdre.

Le 12 mai, Murray, rompant toute espérance d'accord pacifique, déclara, en sa qualité de régent du royaume, les partisans de Marie Stuart coupables de haute trahison.

Le 13, Marie quitta le château d'Hamilton pour gagner Dumbarton, où les chefs qui l'entouraient comptaient la mettre en sûreté avant d'ouvrir la campagne.

Murray attendait au village de Langside avec des troupes peu nombreuses, mais bien disciplinées, Marie Stuart et son armée commandée par le comte d'Argill. Les Hamilton et les autres gentilshommes de l'avant-garde, sans songer à autre chose qu'à se bien battre, voulurent forcer le passage. L'archevêque de Saint-André, qui se voyait déjà le maître de la reine et du royaume, excitait cette folle ardeur au lieu de la modérer.

Le village était situé sur la colline. Kirkaldy de Grange, investi de toute la confiance de Murray, avait ordonné que chaque cavalier prît en croupe un fantassin du régent. Il les groupa en haut, tout autour du village. Il plaça un corps d'arquebusiers en bas, à l'entrée du défilé que dominait le village, et vers lequel allait se précipiter la cavalerie de la reine. De Grange embusqua ses arquebusiers entre quelques cabanes de bûcherons et dans des bouquets de coudriers, afin de résister au choc des Hamilton par cette stratégie formidable. Les Hamilton se jetèrent avec impétuosité sur le défilé. « Claymores! criaient-ils à l'avant-garde, qui répondait par ce chant sauvage : Venez, corbeaux et vautours, venez, nous vous donnerons la pâture… »

Ces paroles, véritable Marseillaise des Highlands, n'ont pas sauvé leur poëte inconnu de l'oubli, mais l'air inspiré qui les notait, vibrant des poitrines et des cornemuses, retentissait comme le prélude du carnage et de la mort.

Un combat très-vif s'engagea. Il fut surtout meurtrier à l'entrée du défilé. Lord Arbroath se lança plusieurs fois avec les Hamilton au premier rang de l'avant-garde pour enlever cette position si bien fortifiée par de Grange. La brillante ardeur des cavaliers de la reine venait se briser contre les arquebusiers si admirablement postés, et dont cet avantage enflammait encore la bravoure. On citait longtemps après le courage indomptable d'Alexandre Hume qui les animait par son exemple. Il était descendu de cheval, et combattait au milieu d'eux comme un simple soldat, la pique à la main. Abattu à plusieurs reprises, toujours il se relevait et recommençait de nouveaux prodiges. A la fin, renversé dans un fossé, son beau-frère, lord Cessford, qui ne l'avait pas quitté un instant, fut obligé d'aider à le remettre debout. Hume, couvert de blessures, inondé de sang, continua de combattre ; et comme, après tant de décharges, la poudre et les balles manquaient, les soldats, sur son ordre, se servirent des crosses de leurs fusils contre les ennemis.

Ce fut à cet endroit du défilé que l'engagement fut le plus acharné, et que la reine perdit le plus de monde. Il fut enfin forcé ; mais les Hamilton arrivèrent au village de Langside harassés par ce premier combat, essoufflés par la montée. De Grange les y reçut avec des troupes fraîches. Il se porta partout où sa présence était nécessaire, soutenant les uns, aiguillonnant les autres, disciplinant cette anarchie sanglante de la bataille aux calculs les plus profonds et aux inspirations les plus soudaines.