Et comme la garnison troublée parlait, pour s'étourdir, de ses remparts, de sa bravoure, des promesses et de la bienveillance de Henri VIII :
« Non, non, reprit Knox, vos péchés vous condamnent ; votre courage est impuissant ; vos murailles vont tomber en poudre, et vos corps fléchir sous les fers. »
L'arrêt était sévère ; mais comme s'il eût été prononcé d'en haut, il ne tarda pas à s'accomplir. La garnison, aux abois, se rendit. Le château fut rasé, et les assiégés captifs furent conduits dans les bagnes de France. Knox était avec eux ; Knox, désormais leur consolateur, heureux de souffrir cette humiliation pour sa foi religieuse et politique.
Le peuple plaignit ces glorieux forçats, et il chanta longtemps, contre l'archevêque de Saint-André, une chanson ironique dont voici le refrain :
Bon prêtre, maintenant
Tu dois être content ;
Car Norman et ses frères
Rament sur les galères.
Quelque temps après ces catastrophes et la mort de Henri VIII (juillet 1548), Marie Stuart s'embarqua mystérieusement à Dumbarton ; elle emmenait avec elle plusieurs petites filles de haute naissance, destinées d'abord à partager ses jeux et à être plus tard ses dames d'honneur. Toutes portaient le nom de la Vierge, qui inspirait à la veuve de Jacques un respect superstitieux. On les appela dès lors les Maries de la reine. Elles étaient du même âge. C'étaient Marie Fleming, Marie Seaton, Marie Livingston, Marie Beatoun, ces premières et constantes amies de Marie Stuart. La navigation ne fut pas sans péril : la flotte cependant, échappée à la tempête, aborda, sous le commandement de Villegagnon, à la pointe de la baie de Morlaix, dans un port de corsaires et de contrebandiers, ouvert sur des écueils, le port de Roscoff.
« Le lundy, vingtiesme jour d'aoust 1548, dit Albert le Grand, arriva par mer (en la ville de Morlaix) très-noble et très-puissante princesse Marie Stuart, royne d'Escosse, qui alloit à Paris espouser le dauphin François. Le seigneur de Rohan, accompaigné de la noblesse du pays, l'alla recevoir, et elle fut logée au couvent de Sainct-Dominique. Comme Sa Majesté, retournant de l'eglise de Nostre-Dame, où le Te Deum avoit esté chanté, eut passé la porte de la ville qu'on appelle de la Prison, le pont-levis, trop chargé de cavallerie, creva, et tomba dans la rivière, toutesfois sans perte de personne. Les Escossois du train de la royne restés dans la ville, jugeant mal de cet accident, commencèrent à crier : Trahison! trahison! Mais le seigneur de Rohan, qui marchait à pied près de la litière de Sa Majesté, leur cria à pleine teste : Jamais Breton ne fist trahison! Et les deux jours que la royne demoura pour se deslasser de la fatigue de la mer, il fit desgonter toutes les portes de la ville et rompre les chaisnes des ponts. »