Homme aux proportions révolutionnaires, aux rugissements bibliques, très-grand, mais incomplet ; intrépide, ardent, plein d'initiative, de dévouement, d'héroïsme, de sainteté, mais toujours dur et coupable d'un conseil homicide! Il ne s'éleva pas jusqu'à la bonté, et son cœur ne connut pas le sentiment le plus divin des puissantes natures : la pitié dans la force.

Après trois siècles, j'ai voulu contempler au sommet de la Canongate la petite maison où tant de disciples se pressaient pour recueillir avidement le verbe du maître, et où il exhala son âme inflexible. Ce n'est pas sans respect, je l'avoue, que j'ai passé ce seuil religieux malgré sa profonde dégradation. Deux boutiques et une taverne ont remplacé la chambre et l'oratoire du réformateur. Là où il confessait Dieu, s'échangent des paroles mercantiles, et des verres s'entre-choquent. Ce sanctuaire est profané ; il ne sera bientôt plus qu'un monceau de ruines. Une dernière auréole lui reste. Le mur est surmonté de la statuette du docteur, et, près de cette statuette, dans un triangle de pierres en saillie, on peut lire encore ces trois mots, le blason de Knox et son legs immortel :

Θεος
DEUS
GOD

Cependant, le comte de Morton continua durant des années d'altérer les monnaies, de confisquer et de proscrire. Ses dilapidations et ses exécutions capitales lassèrent l'Écosse. Épuisée de sang et d'or, elle retrouva l'énergie du désespoir. Sa plainte unanime devint formidable, et intimida jusqu'aux créatures de Morton.

Le lord de Lochleven, William Douglas lui-même, écrivit au comte.

Morton répondit sans aigreur, avec un mélange d'habileté politique et de condescendance patricienne.

Malgré ses justifications successives, les fières souplesses, les manéges, pour reconquérir les dévouements privés et l'opinion générale, le vœu de chacun, le vœu de tous était que le roi saisît les rênes du gouvernement et mît fin aux calamités de la régence. Après plusieurs mois de stratagèmes, le comte de Morton se décida. Il ne s'effraya pas de la situation où le plaçait le cri public, mais il la comprit. Il ne pouvait lutter à la fois contre la nation et contre la royauté. Il n'attendit pas qu'une guerre civile le renversât. La sommation que l'assemblée de la noblesse, réunie à Stirling, lui fit avec l'assentiment de Jacques et sous l'influence des comtes d'Argill et d'Athol, de déposer ses fonctions, lui suffit. Abandonné de son propre parti, il abdiqua de bonne grâce, entre les mains du roi, l'autorité de régent d'Écosse. Il eut l'air de se démettre de lui-même, sans contrainte apparente (15 mars 1578), par dégoût du pouvoir, par dédain des hommes.

Il se retira en son château de Dalkeith, une des demeures les plus majestueuses de ses ancêtres. Dans la grande salle était encore suspendue la longue épée de lord Douglas, le compagnon et l'ami de Bruce. Froissart avait habité cette résidence féodale, et y avait écrit quelques pages de son aventureuse chronique :

« Dès ma jeunesse, je, acteur de cette histoire, chevauchai par tout le royaulme d'Escosse, et fus bien quinze jours en l'hostel du comte Guillaume de Douglas… en un chastel à cinq milles de Haindebourg (d'Édimbourg), qu'on dict au pays Alquest (Dalkeith)… »