Plus tard, Charles-Édouard y passa une semaine, et y mûrit son plan d'invasion à travers l'Angleterre.

En ce temps-ci, lorsque la reine Victoria vient à Édimbourg, elle visite Holyrood, mais elle loge à Dalkeith, où l'hospitalité du duc de Buccleuch vaut celle d'un roi.

C'est là, à Dalkeith, maintenant le séjour du luxe et des arts, autrefois la forteresse des trames mystérieuses, des fermes desseins et des noirs complots, que Morton s'établit avec toute sa maison.

Le gouvernement tomba aux mains d'un conseil de douze seigneurs qui s'installa à Stirling, auprès du roi.

Si l'homme se reconnaissait au visage et aux paroles, comme l'or à la couleur et au son, le comte de Morton aurait paru résigné. Il s'occupa, non sans une bonhomie patriarcale, du soin de ses vassaux et des magnifiques embellissements de ses jardins. Il fit jeter sur la rivière qui coule dans son parc une arche gigantesque. Ce parc, dont les arbres et les accidents de terrain sont aujourd'hui si admirables, il le bouleversa et le recréa avec une puissance supérieure à celle de la nature. Il y ouvrit des vallées, il y éleva des montagnes. Il creusa les souterrains de Dalkeith à des profondeurs immenses.

Il racontait avec complaisance les délices de la vie privée et des travaux champêtres. Il disait à tous combien la philosophie, le loisir de la campagne étaient préférables aux soucis des affaires publiques. On commençait à le croire, lorsqu'un matin on apprit que les portes du château de Stirling lui avaient été ouvertes, la veille, à minuit, et qu'il était le maître du roi et de la cour.

Cette autorité nouvelle ne devait pas être de longue durée.

Les griefs de l'Écosse éclataient toujours, et le roi n'avait autour de lui que des ennemis du régent.

Tous ces ennemis, qui vivaient dans l'intimité royale, abhorraient en Morton un homme qui les méprisait, et qui, gardant les avantages du pouvoir, ne leur laissait que l'impopularité des fautes ou des crimes osés par lui. Ils excitèrent les craintes et fomentèrent le mécontentement de Jacques.

C'étaient Alexandre Erskine, Mme de Marr, Buchanan ; c'étaient d'autres personnages d'Église ou d'épée, tous ligués contre Morton, quelques-uns par conscience, presque tous par passion ou par intérêt. C'était surtout une jeune noblesse impatiente du joug du régent, avide de succéder aux charges et aux dignités des partisans de Morton. A la tête de cette noblesse frémissante, on remarquait, à leur violence moins contenue, Esme Stuart d'Aubigny, neveu du comte de Lennox, et James Stewart, de la famille d'Ochiltree.