LIVRE IX.

Coup d'œil rétrospectif sur les affaires d'Angleterre. — Marie Stuart à Bolton, château de lord Scrope. — Norfolk. — Projets de mariage entre lui et la reine d'Écosse. — Correspondance de Norfolk et de la reine. — Marie transférée de Bolton à Tutbury. — Elle est mise sous la garde du comte de Shrewsbury. — Conduite à Wingfield, puis ramenée à Tutbury. — Châteaux et prisons. — L'Écosse. — L'Angleterre sous Élisabeth. — Amour de Norfolk pour la reine d'Écosse. — Conspiration de Norfolk. — Les comtes de Northumberland et de Westmoreland. — Révolte du Nord. — Le comte de Westmoreland en exil. — Northumberland à Lochleven, puis décapité. — Ballade de Norton et de ses neuf fils. — Répression barbare de l'insurrection. — Marie Stuart au château de Chatsworth. — Bulle d'excommunication du pape Pie V contre Élisabeth. — Joie imprudente de Marie Stuart. — Marie Stuart essaye vainement de fléchir le comte et la comtesse de Lennox. — Elle veut épouser Norfolk. — Elle écrit au pape pour lui demander l'annulation de son prétendu mariage avec Bothwell. — Marie Stuart au château de Sheffield. — Situation de lord Shrewsbury. — Portrait du duc de Norfolk. — Il continue ses intrigues. — Il est arrêté et conduit à la Tour. — La Tamise. — La Tour de Londres. — Captivité du duc. — Son procès. — Sa condamnation. — Nourrice de Norfolk. — Mort du duc. — Windsor et sa chapelle. — Marie Stuart dissimule sa douleur. — La Saint-Barthélemy. — Extrême péril de Marie Stuart.

Le mouvement des guerres civiles de l'Écosse m'a entraîné. Je vais revenir un peu sur mes pas, afin de reprendre les événements d'Angleterre et l'itinéraire de Marie Stuart à travers ses prisons.

Nous avons laissé la reine d'Écosse au château de Bolton, sous le toit de lady Scrope, sœur de Norfolk, et sous la surveillance de lord Scrope, beau-frère du duc. Là, Marie put du moins respirer. Les noires et lourdes tours qu'elle habitait s'éclairèrent des lueurs d'un nouvel amour, d'un rayon d'espérance et de salut. Durant les déplorables conférences d'York, Maitland, pour rendre à la reine d'Écosse la liberté et le trône, eut la pensée de négocier d'autres noces entre elle et le duc de Norfolk. L'évêque de Ross prit feu aux communications de Maitland, et s'y entremit avec le zèle qui lui était naturel. Le duc, flatté d'un tel honneur, se montra reconnaissant et passionné. La négociation s'engagea de plus en plus par l'intermédiaire de lady Scrope, chez laquelle résidait Marie Stuart. La reine d'Écosse fut touchée d'un sentiment vif, et attirée par une intrigue pleine de promesses. Elle reçut des lettres de Norfolk et lui répondit. Une correspondance s'établit entre eux. Lady Scrope fut leur confidente, Maitland et l'évêque de Ross furent leurs agents.

Sans être instruite de ces faits, la soupçonneuse Élisabeth prit de l'ombrage. Norfolk lui parla, dit-on, dédaigneusement de Marie Stuart. La fille de Henri VIII feignit de le croire, et n'en sépara pas moins Marie Stuart de lord et de lady Scrope, sur lesquels elle craignait l'influence de Norfolk. Elle ordonna de conduire la reine d'Écosse de Bolton à Tutbury, dans le comté de Stafford.

L'infortunée captive fut mise sous la garde du comte de Shrewsbury, et du 26 janvier au 3 février 1569, transférée à Tutbury, au mépris de ses protestations. Le 10 février, elle terminait une longue lettre à Élisabeth par ce post-scriptum presque illisible :

« Il vous playra excuser si j'escriptz si mal, car le logis non habitable et froid me cause rhume et doulleur de teste.

« Votre affectionnée bonne sœur et cousine,

« Marie, R. »

Bientôt on l'enferma à Wingfield (avril 1569), dans le comté de Derby, où elle fut retenue environ cinq mois. Marie Stuart apprit, le 19 septembre, qu'elle allait être ramenée à Tutbury, et que le comte de Huntingdon avait été adjoint au comte de Shrewsbury pour veiller sur sa personne.

La perspective d'un tel geôlier, son ennemi mortel, son compétiteur au trône d'Angleterre, lui inspira les craintes les plus vives.

Elle redouta les dernières extrémités, l'empoisonnement, l'assassinat. Elle s'adressa, dans son effroi, à M. de La Mothe-Fénelon, afin qu'il insinuât à Élisabeth qu'elle était responsable de Marie Stuart devant la France et devant l'Europe. Elle écrivit encore au même ambassadeur le 20 et le 25 septembre. Elle le pria de s'entendre avec l'évêque de Ross, Norfolk et tous ses amis, pour aviser à un expédient qui la sauvât.