Norfolk, rebuté, menacé, poussé à bout par Élisabeth, avait ourdi un vaste complot. Il se fit le centre d'un plan où entrèrent un grand nombre de nobles, et qu'approuvèrent le pape, les rois de France et d'Espagne.

Il ne voulait d'abord que rendre la liberté à la reine Marie et l'épouser ensuite. Le parti des seigneurs catholiques voulait bien plus ; il voulait, à l'aide des secours étrangers, renverser du trône d'Angleterre Élisabeth, pour y élever Marie et pour y rétablir la vieille foi. Les comtes de Northumberland et de Westmoreland, tous deux catholiques et puissants comme des rois dans les provinces du nord, étaient à la tête de ce parti. Ils promirent de seconder Norfolk, avec l'arrière-pensée de le dépasser. Mais Norfolk finit par se laisser emporter aussi loin qu'eux.

Les insurgés étaient enthousiastes. Quelques-uns avaient vu la reine, et ils avaient été attendris. Elle les avait facilement gagnés à sa cause. La captivité donnait à son ascendant un attrait de plus, et, pour émouvoir, sa prison lui valait mieux qu'un palais. « Si j'osais hasarder un avis, disait White à Cecil, ce serait que peu de visiteurs eussent accès près de cette princesse ou conférassent avec elle. Car, indépendamment de ce qu'elle est belle, elle a une grâce charmante, un séduisant langage écossais et un esprit piquant mêlé de douceur. Sa renommée peut engager quelques personnes à la relever ; et la gloire, jointe à l'avantage qui doit en résulter, peut entraîner d'autres à risquer beaucoup pour l'amour d'elle. »

La conspiration fut découverte.

Le duc de Norfolk, attiré à Windsor, y fut arrêté et conduit par eau à la Tour de Londres. Les comtes de Northumberland et de Westmoreland furent mandés et sommés de se justifier.

Ils accélérèrent l'exécution de leurs desseins. Ils avaient quatre mille hommes d'infanterie et seize mille de cavalerie.

Le 14 novembre 1569, ils s'emparèrent de Durham, et s'avancèrent dans la direction de Tutbury, afin d'enlever la reine d'Écosse ; mais elle avait été transportée précipitamment à Coventry. Ayant échoué dans cette tentative pour délivrer Marie Stuart, ils marchèrent sur York, défendu par le comte de Sussex.

Ils étaient précédés de cette proclamation, qu'ils répandirent partout dans les provinces du nord :

« Nous, Thomas, comte de Northumberland, et Charles, comte de Westmoreland, loyaux sujets de la reine ;

« Faisons savoir à tous ceux de l'ancienne religion catholique, que nous, avec plusieurs bien disposés personnages de la noblesse et autres, indignés que divers conseillers d'alentour Sa Majesté la reine, afin de s'avancer eux-mêmes, aient abattu en ce royaume la vraie religion, abusé par ce moyen la reine, mis en mauvais ordre l'État et cherché à ruiner la noblesse ;

« Nous nous sommes assemblés pour leur résister par la force et pour, avec l'aide de Dieu et de vous, ô bon peuple, restaurer toutes les anciennes libertés de l'Église et de ce noble royaume.

« Dieu sauve la reine!

« Soussignés, le comte de Northumberland,
« Le comte de Westmoreland. »

York était sur ses gardes. Sussex y était avec une armée qu'il avait levée avec promptitude, et dont le dévouement à Élisabeth n'était pas douteux. Une autre armée de douze mille hommes marchait à son secours sous les ordres de l'amiral Clinton et du comte de Warwick.