Les comtes de Northumberland et de Westmoreland, qui avaient cru rallier par cette prise d'armes toute la noblesse du nord, et soulever un million de catholiques en Angleterre, furent détrompés vite. Peu de gentilshommes les rejoignirent, et les ennemis du schisme n'osèrent remuer.
La proclamation des comtes révoltés contribua beaucoup à les perdre. Faire un appel aussi flagrant au catholicisme, c'était remonter le sentiment public, c'était le blesser dans ce qu'il avait de plus passionné et de plus profond. Son cours n'en fut que plus irrésistible. Il précipita tout ce qui s'opposait à sa violence, il couvrit d'écume et de débris le pays des insurgés, et déracina ces deux grands chênes du nord : les comtes de Northumberland et de Westmoreland. Le duc d'Albe ne fit aucune démonstration en leur faveur, et malgré tous leurs efforts, leur armée se dispersa presque entière à l'approche des armées de la reine.
Abandonnés des leurs, poursuivis par l'ennemi, les deux comtes gagnèrent en toute hâte les frontières.
Les villages et les villes subirent toutes les rigueurs de la loi martiale. Les riches et les pauvres furent traqués partout, ruinés ou pendus.
« Le comte de Sussex, écrit l'ambassadeur de France, poursuit de fère de grandes exécutions à Durham, Hartlepool et aultres lieux de son gouvernement, sur ceulx qui avoient pris les armes, ayant desjà faict étrangler, oultre ceux du commun, bien cent personnages de qualité, baillifz, connestables ou officiers, et pareillement les prestres qui estoient avec eulx, nommément le sieur Thomas Plumbeth, estimé homme fort sçavant et de bonne vie ; et l'on pense qu'il se monstre aussi véhément pour effacer le soupçon qu'on a eu de luy. »
« Le nombre des accusés est si grand, remarquait un témoin, qu'il n'y a pas d'innocents pour juger les coupables. »
Le comte de Westmoreland, recueilli par les Écossais de la Tweed, se cacha de cabane en cabane, et s'enfuit, dit un contemporain, « au plus haut des montagnes. » De là, il descendit vers la côte, d'où il parvint à gagner la Flandre. Il n'échappa à la guerre civile que pour mourir en exil.
Northumberland n'eut pas même ce sombre bonheur.
Il errait, déguisé, avec la comtesse sa femme, par les sentiers du Border. Un chef de bande, Hector de Harlow, reconnut les proscrits sous leur humble costume. Il s'en saisit, et les vendit au gouvernement écossais. Ils furent relégués, avec de dures précautions, dans l'ancienne prison de Marie Stuart, au château de Lochleven, où le comte demeura jusqu'à ce qu'un Douglas le livra, lui un Percy, au billot d'Élisabeth.
L'arrestation et la captivité de Northumberland frappèrent vivement les imaginations dans tout le Border. On s'entretenait de la longue suite des ancêtres du comte, de sa grandeur, de ses largesses, de son intrépidité. On célébrait l'inépuisable générosité de la comtesse, dont les libéralités franchissaient si souvent la rive anglaise et les fossés de Berwick. Harlow fut maudit comme le violateur de l'hospitalité du Border. Un espion de Sussex raconta un repas auquel il avait assisté, et où les habitants des frontières exprimèrent avec une énergie sauvage leur indignation contre le traître. « Jamais l'Écosse, disaient-ils, ne sera lavée d'une telle honte ; » et ils souhaitaient d'avoir au souper, « la tête de Harlow, pour la dévorer. »